Éléments pour une sociologie de la traduction
Michel Callon
« (…) la Société, quelle que soit la description qu’ils en donnent, finit par avoir le dernier mot dans son face à face avec la Nature. » (171) Asymétrie « Ce privilège souvent implicite accordé aux sciences sociales dans l’explication des sciences et des techniques (…) » (171) « (…) le lecteur a l’impression d’assister au procès des sciences de la Nature, au nom d’un savoir scientifique privilégié (la sociologie), jugé indiscutable et inaccessible à la critique. » (173) « Puisque la Société n’est pas plus évidente et moins controversée que la Nature (…) » (174)
3 principes de méthodes :
- agnosticisme de l’observateur : « Il s’abstient de porter des jugements sur la façon dont les acteurs analysent la société qui les entoure, il ne privilégie aucun point de vue et ne censure aucune interprétation (…) » (175)
- symétrie généralisée : « (…) ne pas changer de registre lorsque nous passons des aspects techniques aux aspects sociaux (…) »
- « (…) l’observateur abandonne toute distinction a priori entre faits de Nature et faits de Société (…) »
« Notre but est de montrer qu’il est possible de douter de la société elle-même en même temps que les acteurs et que ceci ne conduit ni au chaos ni à l’absurdité. » (177)
Les 4 étapes de la traduction : « (…) suivre un acteur tout au long de ses opérations de construction-déconstruction de la Nature et de la Société. (…) » (180) Les 4 étapes peuvent se chevaucher.
- Problématisation : « La problématisation ou comment se rendre indispensable ? » (180) « La problématisation, et ceci n’est pas original, consiste donc en la formulation de problèmes. » (180) « Ils identifient un ensemble d’acteurs dont ils s’attachent à démontrer qu’ils doivent, pour atteindre les objectifs ou suivre les inclinaisons qui sont les leurs, passer obligatoirement par le programme de recherche proposé. (…) trois chercheurs s’efforcent de se rendre indispensables (…) » (181) « (…) les trois chercheurs en même temps qu’ils définissent d’autres acteurs, dévoilent ce qu’eux-mêmes sont et veulent. » (182) « (…) problématiser toute une série d’acteurs, c’est-à-dire à établir de façon hypothétique leur identité et ce qui les lie. » (183)
- « Les dispositifs d’intéressement ou comment sceller les alliances » (185) « Nous appelons intéressement l’ensemble des action par lesquelles une entité (ici les trois chercheurs) s’efforce d’imposer et de stabiliser l’identité des autres acteurs qu’elle a définis par sa problématisation. » (185) « Pour inter-esser B, A doit couper tous les lien (…) s’efforce d’établir avec B. » (186) « (…) l’intéressement est fondé sur une certaine interprétation de ce que sont et veulent les acteurs à enrôler et auxquels s’associer. » (189)
- « Comment définir et coordonner les rôles : l’enrôlement » (189) « Il désigne le mécanisme par lequel un rôle est défini et attribué à un acteur qui l’accepte. » (189) « Cet exemple illustre différentes éventualités de l’enrôlement : violence physique (contre les prédateurs), séduction, transaction, consentement sans discussion. » (193)
- « La mobilisation des alliés : les porte-parole sont-ils représentatifs ? »
« Nous nommons controverse toutes les manifestations par lesquelles est remise en cause, discutée, négociée ou bafouée la représentativité des porte-parole. » (199) « (…) les mécanismes de la clôture des controverses puisque celle-ci coïncide avec la mise en place de porte-parole incontestables. » (201)
« Traduire c’est déplacer (…) Mais traduire, c’est également exprimer dans son propre langage ce que les autres disent et veulent, c’est s’ériger en porte-parole. » (204) « La traduction est un processus avant d’être un résultat. » (205) « Comme on le voit la traduction n’est rien d’autre que le mécanisme par lequel un monde social et naturel se met progressivement en forme et se stabilise pour aboutir, si elle réussit, à une situation dans laquelle certaines entités arrachent à d’autres, qu’elles mettent en forme, des aveux qui demeurent incontestés. » (205)