Les apports du Web 2.0 en éducation

Par ÉdithRouillard


Le monde de l’éducation est un milieu qui peut bénéficier grandement du développement des nouvelles technologies. Le Web 2.0 ne fait pas exception à la règle, car on peut relever plusieurs apports du Web 2.0 au milieu de l’éducation. Dans cette section, nous en décrirons quelques uns. Entre autres, nous verrons que l’utilisation du Web 2.0 en classe permet la coopération et l’adaptation scolaire, promeut l’ouverture sur le monde et rend l’éducation plus facilement accessible. De plus, nous verrons qu’elle répond à des besoins du milieu et nous regarderons les façons dont l’accessibilité et la gratuité des technologies Web 2.0 peuvent influencer l’enseignement. Finalement, nous verrons comment elle est compatible avec la théorie constructiviste de l’éducation.

Tout d’abord, en consultant les avancées Web 2.0 en éducation, nous avons réalisé que celles-ci favorisent la coopération entre les différents acteurs. En effet, le Web 2.0 peut amener une plus grande coopération entre enseignants. Plusieurs applications Web 2.0 facilitent le partage d’expertise et de ressources entre intervenants en éducation. Par exemple, les sites de partage de vidéos ou de diaporamas permettent de diffuser des leçons qui pourront être utiles à d’autres enseignants. Le blogue est aussi un outil très intéressant à ce niveau puisqu’il permet à la personne enseignante de « proposer des ressources pédagogiques et de réfléchir sur sa pratique professionnelle ». (1) Entre enseignants, l’utilisation d’un blogue est aussi une occasion de créer un réseau de liens professionnels. (2) Il est ainsi plus facile de rester informé des nouveautés dans son domaine. De plus, l’utilisation d’un wiki par des collègues enseignants peut faciliter l’organisation d’un événement scolaire. (3) D’autres outils Web 2.0 sont quant à eux utiles pour favoriser la coopération entre élèves. Un exemple permettant d’illustrer comment les élèves peuvent coopérer en utilisant un outil Web 2.0 est l’exploitation des wikis en classe. Selon Elgort (2007), les deux principes de base de l’utilisation d’un wiki à l’école sont la participation volontaire et l’autorégulation, c’est-à-dire que tous les utilisateurs valident l’exactitude des propos ajoutés par les autres au wiki (ex : les informations erronées affichées sur Wikipédia sont rapidement corrigées par d’autres utilisateurs). (4) La construction collective d’un wiki et l’autorégulation mentionnée précédemment sont des démonstrations de la coopération nécessaire quand on utilise cette application Web 2.0.

L’utilisation des outils Web 2.0 en classe permet également de procéder à certaines adaptations pour les élèves ayant des besoins particuliers. Cet aspect de l’utilisation du Web 2.0 en milieu scolaire vise la réussite du plus grand nombre d’élèves. Un premier exemple est l’utilisation d’un blogue ou d’un wiki de classe accessible de partout par les élèves. Ainsi, un élève absent de l’école pour une longue période (maladie ou autres) peut, entre autres, avoir accès aux documents présentés en classe, peut visionner (vidéo) ou écouter (baladodiffusion) les leçons et peut participer au wiki. De même, certaines écoles ont expérimenté différents outils et ont réalisé que « la baladodiffusion pouvait aider les dyslexiques à assimiler différentes matières pour lesquelles la prise et la lecture de notes devenaient des obstacles majeurs à la réussite scolaire. » (5) Pour un élève ayant un trouble d’apprentissage, le fait d’assister au cours sans avoir à prendre de notes facilite déjà la compréhension, mais pouvoir réécouter la leçon par la suite lui permet en plus de consolider ses apprentissages.

Nous avons aussi trouvé des exemples permettant d’affirmer que l’utilisation du Web 2.0 à l’école promeut l’ouverture sur le monde. Par exemple, la correspondance traditionnelle par courrier postal prend une toute autre envergure avec l’avènement du Web 2.0 dans les salles de classe. Un groupe-classe peut se jumeler à une autre classe du même niveau ailleurs sur la planète. On peut alors communiquer par vidéoconférence ou par l’intermédiaire de Skype. Cela permet une communication fluide et naturelle entre des gens provenant de différentes cultures. On peut aussi facilement imaginer comment cette expérience est riche pour l’apprentissage d’une langue seconde. (6)

Dans la même ligne de pensée, différentes technologies Web 2.0 rendent l’éducation plus accessible. Les web-conférences, telles que les classes Elluminate, permettent à des gens de partout dans le monde d’avoir accès à l’éducation. (7) À un niveau plus local, cela comporte au Québec plusieurs avantages, comme la formation à distance et l’accessibilité de l’éducation en région éloignée. Nous en avons la preuve à l’Université Laval, puisque la faculté d’éducation offre aux étudiants de la Beauce la possibilité de suivre des cours gradués par le biais de la vidéoconférence.

Il est donc facile de voir que ces outils provenant du Web 2.0 répondent à des besoins existants dans le milieu de l’éducation. Par exemple, il permet aux enseignants de palier à des contraintes de temps. En effet, l’utilisation d’un wiki ou d’un forum de classe permet à l’enseignant de répondre rapidement et efficacement à des questions d’étudiants qui lui seraient posées sur le Web. Ainsi, l’étudiant obtient sa réponse rapidement et cette réponse est accessible aux autres étudiants qui se questionnaient peut-être sur le même aspect. L’enseignant sauve ainsi du temps en répondant de façon à ce que tout son groupe voit l’explication. Cela permet aussi de palier à des contraintes matérielles. L’enseignant peut rendre disponible en ligne pour ses élèves une grande quantité de ressources, de références et de liens sans avoir à tout photocopier en format papier. L’élève peut alors trier et choisir ce qui est pertinent pour lui et, au besoin, l’imprimer lui-même. De même, les élèves peuvent avoir la possibilité de remettre les travaux exigés dans le cadre du cours par l’intermédiaire du site Web du cours. Ainsi, on diminue le nombre de photocopies nécessaires lors d’une session de cours. Ensuite, des enseignants ont réalisé que l’utilisation d’un blogue ou d’un wiki à des fins pédagogiques leur permettait de gérer facilement différents aspects. Le blogue ou le wiki leur permet de fournir des informations pratiques sur le cours, de proposer des ressources pédagogiques, de proposer des compléments pour prolonger le travail réalisé en classe, de proposer des activités pédagogiques, de réaliser des projets pédagogiques et de les gérer plus facilement (avoir accès dans le wiki au travail réalisé par chaque équipe et suggérer des pistes d’exploitation aux élèves, par exemple). (8) Également, certains outils, comme le blogue, peuvent être pratiques pour que l’élève puisse faire un « webfolio », c’est-à-dire de garder une trace de ses réussites et de ses apprentissages, et de le rendre accessible sur le Web. (9) Bref, ces différentes applications du Web 2.0 en classe sont réellement utiles pour les enseignants et les étudiants qui les utilisent.

L’un des grands avantages de l’utilisation du Web 2.0 à l’école est le fait que ces technologies sont facilement accessibles et souvent gratuites. En raison des budgets limités, les enseignants sont en effet friands des outils disponibles gratuitement qui facilitent leur travail en classe. Un exemple de ces outils gratuits est le site Wikilivres. (10) Des livres écrits par des utilisateurs sur différents thèmes sont disponibles gratuitement. Ils sont classés par thèmes et il existe même la section Wikijunior, s’adressant aux enfants de 8 à 11 ans. Ce site se veut « une bibliothèque de livres pédagogiques librement distribuables que chacun peut améliorer. » (11) Se pose alors la question de la rigueur dans l’écriture de ces livres, d’où la nécessité pour l’enseignant d’en scruter le contenu avant des les distribuer à ses étudiants. D’autres outils sont disponibles gratuitement, dont plusieurs outils bureautiques (traitement de texte, tableur, etc.). Cela peut être intéressant pour plusieurs écoles qui n’ont pas le budget nécessaire pour payer les licences permettant d’équiper tous ses ordinateurs des suites d’outils bureautiques commerciales.

En conclusion, plusieurs des apports du Web 2.0 en éducation mentionnés jusqu’à présent permettent d’affirmer que l’utilisation du Web 2.0 en classe est à bien des égards compatible avec les théories qui font office de référence dans les milieux éducatifs. En effet, regardons deux des théories du développement qui sont à la base de notre système d’éducation actuel : le constructivisme et son dérivé, le socioconstructivisme. Selon le MELS, la théorie de Piaget, le constructivisme, « prétend qu’une personne développe son intelligence et construit ses connaissances en action et en situation et par la réflexion sur l’action et ses résultats. La personne appréhende et comprend les situations nouvelles à travers ce qu’elle sait déjà et modifie ses connaissances antérieures afin de s’y adapter. » (12) Or, le fait d’intégrer l’utilisation du Web 2.0 en classe rend justement l’apprenant actif. Effectivement, la grande majorité des applications Web 2.0 pouvant être utilisées en classe nécessitent de l’élève qu’il soit en action et qu’il réfléchisse à la façon de construire sa compréhension. Que ce soit lors de la construction d’un wiki, de son webfolio (portfolio numérique), lors de sa participation à un blogue ou pendant qu’il joue à des jeux éducatifs en ligne, l’élève est actif. (13) En plus d’être en accord avec la théorie constructiviste, cela est motivant pour l’élève.

Quant à lui, « le socioconstructivisme dérive du constructivisme, dont il reprend dans l’essentiel la théorie du connaître, tout en insistant sur l’importance des interactions sociales […]. Dans la perspective socioconstructiviste, l’adulte construit des connaissances dans des situations et des contextes sociaux qui influent sur ses constructions personnelles. » (14) Nous avons déjà expliqué précédemment que l’utilisation d’un wiki, par exemple, nécessite de l’élève qu’il soit actif dans la construction commune de celui-ci. Il peut ajouter des notes et des commentaires aux éléments qui sont affichés dans le wiki. Il peut également y placer des liens qu’il aura trouvés pour compléter l’information édifiée par les autres élèves. Cette participation crée un environnement de discussion qui pousse l’élève à réfléchir et à s’impliquer. (15) Il apprendra ainsi des situations où il est en interaction avec les autres étudiants par l’intermédiaire du Web 2.0. De son côté, Anna Koenig-Wisniewska de l’Université de Provence (2009) explique le blogue est un autre outil très compatible avec la théorie socioconstructiviste. Cette théorie met l’accent sur le conflit socio-cognitif nécessaire à l’apprentissage, provoqué par les interactions sociales. Les élèves « transforment ensuite leurs idées individuelles de départ et les mènent vers une progression cognitive grâce à une co-construction des savoirs. Le blogue, à la fois espace et outil cognitif technologique, privilégie cette confrontation de points de vue, la facilite par l'intermédiaire de nombreuses solutions et services, tel que les billets et les commentaires, les canaux rss, les hyperliens et les retroliens. Cet environnement technologique se prête parfaitement, à l’apprentissage collaboratif des langues. La publication à l’échelle mondiale et l’exposition des notes aux commentaires des lecteurs de cultures et d’optiques multiples peut être un terrain très propice à la parution du conflit socio-cognitif. » (16)

Pour terminer, le Ministère explique que l’étudiant apprend mieux et davantage dans des situations d’apprentissage « dans lesquelles la personne fera des expériences actives, qui s’inscrivent dans ses projets personnels, qui invitent à la réflexion sur l’action, qui favorisent aussi bien le partage que la confrontation des points de vue. » (17) Nous avons bien expliqué que ces caractéristiques sont fréquemment présentes dans les situations d’apprentissage où l’on utilise les outils Web 2.0.


  • (1) Beaudin-Lecours, Martin. Le Web 2.0 dans Clic : Bulletin collégial des technologies de l’information et des communications, no 66, janvier 2008, Référence

  • (2) McGreal, Rory et Elliott, Michael. Technologies of Onling Learning (E-Learning) Référence (p.154)

  • (3) Elgort, Irina (Victoria University of Wellington) (2007). Using wikis as learning tools in higher education, Référence (p.1)

  • (4) Elgort, Irina (Victoria University of Wellington) (2007). Using wikis as learning tools in higher education, Référence (p.1)

  • (5) Beaudin-Lecours, Martin. Le Web 2.0 dans Clic : Bulletin collégial des technologies de l’information et des communications, no 66, janvier 2008, Référence

  • (6) McGreal, Rory et Elliott, Michael. Technologies of Onling Learning (E-Learning) Référence (p.149)

  • (7) McGreal, Rory et Elliott, Michael. Technologies of Onling Learning (E-Learning) Référence (p.150)

  • (8) Beaudin-Lecours, Martin. Le Web 2.0 dans Clic : Bulletin collégial des technologies de l’information et des communications, no 66, janvier 2008, Référence

  • (9) McGreal, Rory et Elliott, Michael. Technologies of Onling Learning (E-Learning) Référence (p.154)

  • (10) Wikibooks, 2009 Référence

  • (11) Beaudin-Lecours, Martin. Le Web 2.0 dans Clic : Bulletin collégial des technologies de l’information et des communications, no 66, janvier 2008, Référence

  • (12) Ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport, Le socioconstructivisme : un cadre de référence pour un curriculum par compétences, mai 2005, Référence (p.3)

  • (13) McGreal, Rory et Elliott, Michael. Technologies of Onling Learning (E-Learning) Référence

  • (14) Ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport, Le socioconstructivisme : un cadre de référence pour un curriculum par compétences, mai 2005, Référence (p.14)

  • (15) McGreal, Rory et Elliott, Michael. Technologies of Onling Learning (E-Learning) Référence (p.156)

  • (16) Koenig-Wisniewska, Anna. Le blogue : un espace numérique d’apprentissage collaboratif, 2009. Référence (p.3)

  • (17) Ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport, Le socioconstructivisme : un cadre de référence pour un curriculum par compétences, mai 2005, Référence (p.12)