La Bill Gates Foundation

Les chercheurs

Conscients des enjeux majeurs liés à la technologie et sensibilisés aux questions humanitaires, nous avons décidé de lever un coin du rideau qui recouvre les activités du richissime fondateur de Microsoft. Sa Fondation, qui fait parler d'elle régulièrement, mérite d'être regardée un peu plus attentivement à la lumière des critiques formulées à son endroit. Et si derrière l'angélique Bill se cachait une barrière aux avancées technologiques concurrentes?

CathyVallieres

PierreMarcBreton

LucLetourneau

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SuntViae

1. Présentation du concept

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La Fondation Bill Gates La Bill & Melinda Gates Foundation s’implique dans les domaines suivants : la santé mondiale, l'enseignement, la mise d'ordinateurs à la disposition du public dans les bibliothèques et l'assistance aux enfants et familles défavorisés dans la région du nord-ouest (côte du Pacifique) des États-Unis. La fondation est dirigée par William H. Gates, Sr., le père de Bill Gates, et par Patty Stonesifer.

Santé mondiale

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Le programme pour la santé mondiale (programme « Global Health ») a pour but de réduire les différences qui existent en matière de santé entre les habitants des pays développés et ceux des pays en voie de développement. Le programme pour la santé mondiale comporte cinq domaines prioritaires : le Sida, la tuberculose et la santé reproductive, les maladies infectieuses, les technologies liées à la santé mondiale, les stratégies à adopter pour la santé mondiale et le soutien à la santé mondiale.

Enseignement

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Dans le but d'augmenter le nombre des élèves qui terminent leurs études secondaires et s'inscrivent à l'université, particulièrement dans les communautés défavorisées, la fondation et ses partenaires visent à apporter à tous les élèves une éducation rigoureuse et l'attention individuelle dont ils ont besoin, en appliquant des réformes dans les établissements scolaires, les académies et le pays. La fondation s'efforce également, grâce à ses programmes d'attribution de bourses, de réduire les barrières financières empêchant l'accès à l'enseignement supérieur.

Bibliothèques publiques

Le programme sur les bibliothèques publiques (programme « Global Libraries ») vise le branchement des bibliothèques. La fondation et ses partenaires ont aidé la quasi-totalité des bibliothèques des États-Unis à accéder à Internet et collaborent avec des bibliothèques, des collectivités locales, des entreprises et des communautés dans le but de conserver les progrès atteints. À l'échelle internationale, la fondation a travaillé avec le Canada, le Chili, le Mexique et le Royaume-Uni et explore de nouvelles opportunités de partenariat avec d'autres pays. Nord-ouest Pacifique Le programme pour le Nord-ouest Pacifique des États-Unis (programme « Pacific Northwest ») vise à améliorer la vie des enfants et familles défavorisés de l'État de Washington et de la région de Portland, Oregon.

2. La Fondation en chiffres…

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  • La fortune personnelle de Bill Gates s’élève à plus de 56 G$
  • Le capital dont dispose la Fondation est supérieur au PIB des ⅔ des pays du monde
  • La Fondation a donné 218 M$ pour une campagne de vaccination
  • Parallèlement, 423 M$ ont été versés à des compagnies extrêmement nocives…
  • Chaque année, la Fondation consacre 5% de ses avoirs à des donations afin de bénéficier d’une exonération fiscale

3. Un nuage à l’horizon : critique en vue!

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Forcément, quand autant d’argent est en jeu, la suspicion est de mise. Il a été reproché à Bill Gates de vouloir effectuer des dégrèvements records de ses impôts sur le revenu en mettant en place cette fondation. Une autre peur a aussi fait surface, celle d’un contrôle total de la science mondiale et des orientations prises par le secteur de la recherche fondamentale et de la recherche tout court. Au mois de mai 2005, le patron de Microsoft était invité à prononcer le discours inaugural d’ouverture de la conférence annuelle de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). On est alors en droit de se demander quelle est la part de l’objectivité scientifique d’une telle organisation. Il est également reproché à l’homme le plus riche du monde de vouloir tout miser sur l’innovation technologique, financée grâce à beaucoup d’argent au détriment de l’amélioration des infrastructures actuelles.

4. Quels avantages Bill Gates peut-il tirer de sa philanthropie?

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Au préalable, il n’est pas inutile de rappeler qu’une fondation aux États-Unis a le droit de posséder un portefeuille de valeurs mobilières pour financer ses bonnes œuvres. Dans ce pays, on considère que la gestion d’un portefeuille et la philanthropie peuvent aller de pair, même si les Américains eux-mêmes sont conscients de l’ambigüité de cette situation. Une enquête menée par le Los Angeles Times sur l’adéquation entre les nobles buts de la Gates Foundation et ceux des entreprises dans lesquelles elle possède des participations a révélé des contradictions entre la mission de la Fondation et ses placements pour fins de rentabilité. En matière de bienfaisance, l’éthique commande pour une fondation de ne pas cautionner par ses investissements toute entreprise qui ne respecte pas l’environnement, les règles sanitaires, les droits de ses employés, qui pratique la discrimination à l’embauche, qui emploie des enfants, et d’une façon générale se livre à des pratiques immorales voire malhonnêtes. On comprendra mieux la curiosité des journalistes californiens en situant les enjeux financiers : fin 2005, la dotation totale de la Gates Foundation se montait à 35 milliards de dollars, constituée pour l’essentiel par des placements dans des usines les plus polluantes au monde, situées pour la plupart dans les régions aidées par cette même fondation.

5. Quels sont les enjeux réels liés à l’aide de Bill Gates?

Derrière le Bill Gates philanthrope, il y a toujours le patron de Microsoft : à l’occasion d’une tournée en Afrique effectuée avec son épouse pour le compte de sa fondation, il a organisé une réunion les 22 et 23 septembre 2006 en Afrique du Sud à Johannesburg sur le thème de « L’édification de la société de l’information en Afrique » et rassemblant tout un aréopage de représentants de gouvernements africains, de ministres des technologies de l’information ou de l’éducation. À cette occasion, il a qualifié Microsoft de « meilleure entreprise du monde » pour proposer des logiciels gratuits, des formations, le tout subventionné par la Gates Foundation. Les sommes énormes en jeu pour l’Afrique ont déjà séduit des pays comme l’Ouganda, l’Angola et la Namibie, les dissuadant d’utiliser les logiciels libres. Ces derniers sont devenus la bête noire de Gates : il cherche désormais à s’immiscer dans le projet OLPC (One Laptop per Child : un ordinateur portable par enfant). Ce projet vise à terme à équiper les enfants scolarisés, dans les pays en voie de développement, d’ordinateurs à prix réduit, soit 100 dollars. Le maitre d’œuvre ce projet est le département Media Labs du M.I.T. (Massachusetts Institute of Technology) sous la direction de Nicholas Negroponte. Conformément à cette démarche, ces machines sont pourvues de logiciels libres dont Linux. Voyant cela, le PDG de Microsoft, qui avait dénigré ce projet dans un premier temps, a fait ajouter une carte externe à ces ordinateurs pour pouvoir les faire fonctionner sous Windows. Lorsqu’en juin 2006, Bill Gates annonça de façon très médiatique qu’il se donnait deux ans pour se consacrer entièrement à sa fondation, il a pu donner l’image d’un homme qui, fortune faite, se retire progressivement des affaires tout en gardant un œil de plus en plus distancié sur son entreprise. En réalité, ces deux ans correspondent au temps nécessaire pour vendre Windows Vista qui a fait l’objet de lourds investissements. De plus, ce délai lui permet d’intensifier sa lutte contre le développement du logiciel libre qui gagne de plus en plus du terrain dans le monde.

6. Quels impacts socioéconomiques représente la diversification des avoirs de Bill Gates sur les populations du Quart-monde?

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En ce qui concerne leurs avoirs, Bill et Melinda Gates exigent de leurs gestionnaires qu’ils veillent à une très grande diversité sans pour autant donner de directives précises. Les journalistes du Los Angeles Times qui se sont aperçus que les entreprises dans lesquelles la fondation possédait des parts et dont les objectifs allaient à l’encontre de ses buts caritatifs représentaient 41 % de ses actifs, soit 8,7 milliards de dollars. Chose encore plus troublante, Bill et Melinda Gates ont érigé une cloison étanche entre les gestionnaires des actifs et ceux chargés de dispenser les dons destinés aux bonnes œuvres de la fondation; en clair, la main droite ignore ce que fait la main gauche. Un exemple de cette contradiction entre la pratique des affaires et la philanthropie est donné à propos du Nigeria. Les installations pétrolières, dont les activités créent une grave pollution, sont concentrées dans la ville d’Ebocha (delta du Niger). Des torchères forment un nuage toxique provoquant une épidémie de bronchite chez les adultes, de l’asthme et des troubles de la vue chez les enfants. De façon contradictoire, la fondation a dépensé dans cette région des millions de dollars pour les vaccins contre la poliomyélite, la rougeole, et pour la recherche, alors qu’elle a investi 423 millions de dollars dans les sociétés ENI, Shell, Exxon, Chevron, et Total. Ces compagnies pétrolières sont pour la plupart à l’origine de ces torchères qui polluent le delta du Niger au-delà des limites admises aux États-Unis et en Europe.

7. Pour aller plus loin...

À la lumière des exemples et des faits précédemment exposés, que peut-on conclure? Philanthropie et rentabilité sont-ils conciliables? Il semble que pour un riche mécène, cela ne cause aucun problème éthique. Or, de tels investissements de la part d’une « filiale » d’une compagnie informatique ne peuvent qu’entrainer, à plus ou moins long terme, un monopole frôlant l’hégémonie. En luttant contre les logiciels libres (gratuiciels), la puissante machine Gates s’assure un profit et un contrôle toujours croissants.

Que seront les domaines de la science, de l’éducation, de la santé ou de la technologie dans un futur commandité par des riches n’ayant pas pour but premier l’objectivité de la recherche? N’y a-t-il pas un risque de dépendance de la part des chercheurs et, de là, d’orientation des innovations en fonction des intérêts des « bienfaiteurs »?

8. Liens intéressants

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