Ce que j’aimerais retenir des chapitres 3 et 4 de La science en action de Bruno Latour

Les machines et les professions

J’ai besoin des autres pour composer mon fait (ce que je veux amener), mais il est difficile de faire en sorte que ceux-ci me soient fidèles. Il faut être plusieurs à croire en un fait, j’ai besoin de l’action des autres, sinon, mon idée restera dans le «fond du tiroir ».

En résumé, il faut (Latour, p. 160) :

-Recruter les autres pour les faire participer à la construction du fait

-Contrôler leurs faits et gestes pour rendre leurs actions prévisibles (voire, s’assure qu’ils ne vont pas me «trahir » dans mon projet)

Il faut, pour cela, passer par la traduction. Il faut convaincre les acteurs de mon réseau que mes buts que je désire atteindre rejoignent les leurs; c’est pour cela qu’il faut s’associer (mes buts doivent « traduire » les leurs!). Il faut savoir parfois faire de petits détours pour convaincre les acteurs de me joindre (par exemple, me faire financer par une compagnie pour une recherche sur la couleur des œufs d’autruches pour en venir à travailler, plus tard, sur les maladies qui affectent ces œufs, recherche pourrait être fiancée par cette même compagnie). Je dois également leur démontrer que c’est en passant par mon chemin que leurs buts pourront être atteints. Bref, nos buts doivent être communs, au bout du compte! Nous faisons donc tous partie d’un grand réseau, nous sommes tous des maillons de cette grande machine, et je ne dois pas négliger les forces que représentent chacun de ces maillons. Voilà pourquoi tous les acteurs d’un réseau sont égaux en force. Par exemple, les coquilles Saint-Jacques, qui sont des acteurs non-humains qui ont l’air bien insignifiants dans le texte de Michel Callon sur la traduction, étaient les alliées des scientifiques qui le étudiaient, mais celles-ci auraient bien pu décider de ne pas réagir à l’expérience de ceux-ci, l’expérience dans laquelle ils avaient investi devenant ainsi un échec pour eux : leur but n’a pas été atteint, et ce, à cause de ces petites coquilles qui ont décidé de se rebeller!

Il est important d’intéresser plus d’un acteur à nos buts et à nos projets, sinon, nous pouvons nous retrouver seuls avec nos idées, et celles-ci ne pourront pas être développées davantage. Il y a aussi l’idée de porte-parole : les acteurs du réseau ont souvent un porte-parole, un représentant, qui exprime leurs intérêts en leur nom.

Les scientifiques qui font la promotion de projets à l’extérieur et ceux qui demeurent dans les laboratoires travaillent tout aussi fort les uns que les autres pour parvenir à leurs buts communs. Le scientifique qui fait des conférences et des exposés est aussi important que la chercheuse qui travaille dans le laboratoire; il aide à rendre leurs buts « populaires » pour enrôler, si on veut, le plus d’acteurs possibles dans leur projet. Les graphiques, les tableaux, les illustrations mathématiques jouent un rôle important, car ils sont, je dirais, des illustrations de la logique de ce que nous avançons (d’où l’importance d’apprendre à ne pas prendre pour acquis les chiffres et les images d’un graphique ou d’un tableau, car ils ne sont pas nécessairement plus crédibles, même s’ils ont l’air empirique!).

Les technosciences n’ont pas d’intérieur et d’extérieur (p. 422), elles sont ouvertes. La science et la technologie sont d’ailleurs liées, et l’une ne va pas sans l’autre; l’une n’a pas de priorités sur l’autre. Elles sont influencées par la politique, l’économie et la société, et tous ces éléments sont inséparables, imbriqués, dépendants les uns des autres.