Concept élaboré par LesNouveauxEnseignants (DinaLachance et JulienThibault)

Dernière mise à jour: 15 avril 2007

Correcteurs et enseignement de la langue

Le concept qui suit est une adaptation et une mise à jour du travail de F. BERTEN, professeur de français à l'Institut Saint-Joseph à Saint-Hubert et membre de la Commission "Français et Informatique " élaboré en 1999.

Les traitements de texte possèdent souvent un correcteur intégré et tout utilisateur recourt par moment à cet outil. Pédagogiquement, la question se pose de savoir si ce type d'aide à l'écriture peut bénéficier ou nuire à l'apprentissage des compétences orthographiques en classe. Peut-on permettre aux élèves d’utiliser ces outils pour produire un texte "sans fautes"? Les élèves ne vont-ils pas être amenés à faire fi de tout apprentissage grammatical et à perdre leur jugement critique à force de se fier à l'ordinateur pour corriger leurs textes? Avant de répondre à ces questions, il importe de comprendre d'abord comment fonctionnent les correcteurs, en vue de pouvoir évaluer leurs avantages tout comme leurs limites et ainsi de mieux cerner l’enjeu qui se dégage de l’utilisation de tels outils dans l’apprentissage de la langue.

Historique

L'orthographe du français a déjà connu de nombreuses simplifications. Par exemple, en 1740, l'Académie française a modifié l'orthographe de près d'un mot sur trois! Plus près de nous, dans les années trente, elle a remplacé grand'mère par grand-mère.Cette évolution est normale ; il n'y a pas de raison pour qu'aujourd'hui, l'orthographe se fige à tout jamais.C'est pourquoi le Conseil supérieur de la langue française (Paris), en accord avec l'Académie et les instances francophones compétentes, a proposé un nombre modéré de rectifications de notre orthographe en 1991.Ces rectifications ne sont pas imposées, mais recommandées ; ainsi, durant une période indéterminée, les deux orthographes sont correctes. Les ouvrages de référence (dictionnaires, grammaires, manuels scolaires, etc.) sont mis à jour, parfois progressivement.

1. Les correcteurs existants :

Tout d’abord, l'on ne devrait pas parler de « correcteurs », mais bien de « vérificateurs ». En effet, ces logiciels ne pourront jamais servir qu'à signaler à l'utilisateur humain d'éventuelles erreurs (vérifier le texte), et non à corriger par eux-mêmes des textes sans intervention humaine. Cela dit, puisque dans l’usage l’appellation « correcteur » est plus répandue, nous maintiendrons l’usage. Parmi les correcteurs qui existent, il faut distinguer deux grands groupes: 1.1 Les correcteurs intégrés dans les traitements de texte 1.2 Les correcteurs indépendants

1.2 Les correcteurs intégrés dans les traitements de texte

L'efficacité des correcteurs intégrés dans les traitements de texte est notamment limitée par le fait qu'ils ont été initialement développés pour la langue anglaise, dont les structures grammaticales sont différentes de celles de la langue française. Ils déçoivent surtout pour leurs faibles capacités syntaxiques et sémantiques. Entre autres, les traitements de texte suivants disposent d'un correcteur intégré :

  • Dans l’environnement PC :
    • • Word (de Microsoft), • Word Pro (de Lotus) • Wordperfect (de Corel) • Appleworks (anciennement Claris Works) (de Claris)
    Dans l’environnement Mac
    • • Claris Works (de Claris) • Word , (de Microsoft), • Wordperfect (de Corel).

1.3 Les correcteurs indépendants

Bien qu'indépendants, certains peuvent s'interfacer avec les traitements de texte courants. Leur atout majeur est qu'ils sont élaborés par des spécialistes de la langue française et que leurs capacités syntaxiques et sémantiques sont plus intéressantes. En voici une liste :

dans l’environnement PC :

Correcteur 101 didactique (de Machina Sapiens) http://www.sofworld.com/c101didac.html

• Cordial (de Synapse) http://synapse-fr.com/

• Antidote (de Druide informatique inc). http://www.druide.com/

• Hugo Plus (de Logidisque) http://www.softissimo.com/fiches/hugo.htm

• Prolexis (de Editions Diagonal). http://www.prolexis.com

dans l’environnement Mac

•Sansfautes/grammaire téléchargement possible d’une version démo sur le site : http://www.netinfo.fr/BCDL/Fr/Telechargement.html

• Hugo Plus (de Logidisque) http://www.softissimo.com/fiches/hugo.htm

•Correcteur 101 (de Machina Sapiens) http://www.machinasapiens.com/francais/produits/correcteur101/c101-qetr.html • Antidote (de Druide informatique inc). http://www.druide.com/

• Prolexis (de Editions Diagonal). http://www.prolexis.com

Il existe aussi des correcteurs libres :

orthographiques seulement :

• My Spell : correcteur de la suite Open Office.org (Open Office.org Writer dispose de nombreux correcteurs orthographiques gratuits, notamment pour la plupart des langues d'origine européenne.)

• Dans les moteurs de recherche web: Google, Yahoo!... grammaticaux (qui corrigent plus que seulement l’orthographe)

• An Gramadóir (indépendant de la langue)

• GRAC (indépendant de la langue)

• Language Tool (indépendant de la langue)

• L'orthophile

2. Quels sont les grands types de correcteurs ?

Il existe quatre grands types de correcteurs orthographiques...

  • • Les dictionnaires de synonymes • Les correcteurs orthographiques • Les correcteurs syntaxiques • Les correcteurs stylistiques

Il est important de noter que l'élément de base que traite un correcteur est toujours une chaîne de caractères, laquelle est par défaut délimitée par un caractère blanc (un espacement), ou par d'autres caractères conventionnels (traditionnellement un signe de ponctuation).

2.1 Les principes de fonctionnement des divers types de correcteurs

2.1.1 Les Dictionnaires de synonymes

Les dictionnaires de synonymes sont des bases de données indexées, permettant l'accès à un ensemble de mots qui ont un sens équivalent ou très proche d'un terme sélectionné. Une contrainte régulièrement rencontrée est la nécessité de connaître la forme du mot au singulier, parce que les entrées du dictionnaire sont au singulier.

2.1.2 Les correcteurs orthographiques

Faire la vérification lexicale consiste à s'assurer que chacun des mots d'un texte ou d'une phrase correspond à une forme réellement existante en français. Pour y arriver, le logiciel doit confronter chacune des graphies aux chaînes de caractères que contient son lexique interne, c'est-à-dire à toutes les variations possibles des mots en genre et en nombre ainsi qu'à toutes les conjugaisons des verbes.

Note: Lorsqu'une graphie ne concorde avec aucune forme du lexique interne, le logiciel ne peut poursuivre le traitement syntaxique de la phrase tant que l'erreur ne sera pas corrigée. Lorsqu'il rencontre une forme absente de son lexique, le logiciel correcteur fournit habituellement à l'utilisateur une liste de graphies possibles, susceptibles de remplacer la forme erronée. En général, cette liste de graphies possibles sera établie par ressemblance alphabétique, combinée à des éléments de ressemblance phonétique. Exemple: En présence de la graphie " chapo ", le logiciel va proposer " chapeau " (par ressemblance phonétique), " chape ", " chapé ", " chapon ", " chap .", " chopa " (par ressemblance alphabétique).

2.1.3 Les correcteurs syntaxiques

Le logiciel de traitement syntaxique d'une phrase (laquelle est délimitée par une majuscule initiale et un point final, d'interrogation ou d'exclamation) fonctionne lui aussi par comparaison. Il construit le schéma syntaxique de la phrase, en vérifiant la compatibilité des catégories syntaxiques des mots dans l'ordre dans lequel ils sont placés, et en s'assurant que cet ordre correspond à l'un des schémas syntaxiques qu'il connaît parce qu'il a été placé comme référence dans sa base de données. Comme les mots peuvent appartenir à différentes catégories syntaxiques, le correcteur va s'efforcer de diviser l'énoncé en plusieurs segments en se basant sur la ponctuation, les prépositions ou les subordonnants. Il s'ensuit que toute phrase mal ponctuée ou construite suivant un schéma syntaxique inconnu du correcteur sera signalée comme étant incorrecte.

2.1.4 Les correcteurs sémantiques

La sémantique considère les mots du point de vue de leur signification, de leur sens. Il y a accord sémantique lorsque les mots, dans leur rôle particulier, ne produisent pas de contradiction ou d'absurdité. Actuellement, rares sont les correcteurs qui intègrent des représentations sémantiques des phrases. Les dernières recherches ont été focalisées sur le développement d'algorithmes capables de reconnaître un mot mal écrit, même lorsque le mot est dans le dictionnaire, en se basant sur le contexte des mots environnants. L’algorithme le plus efficace du moment est celui d' Andrew Golding et de Dan Roth Winnow-based spelling correction algorithm, publié en 1999, qui est capable de reconnaître environ 96% des erreurs liées au contexte, en plus des détections de non-mots (par rapport au dictionnaire) [1]. Il est possible que des correcteurs orthographiques sensibles au contexte apparaissent dans les futurs logiciels de traitement de texte.

==== 2.1.5 Les correcteurs stylistiques ==== La correction du style d'un texte consiste à traiter la chaîne de caractères que forme la phrase pour, entre autres: • détecter les répétitions, • repérer certaines tournures syntaxiques (voix passive...) • signaler les chaînes trop longues (au-delà d’un certain nombre de mots, la phrase est trop longue...) • détecter l’usage de mots " douteux " (anglicismes, barbarismes, pléonasmes, mots vulgaires...)

3. Leurs performances

3.1 La fiabilité des correcteurs

Jean Véronis, professeur de linguistique et informatique à l’université de Provence, a créé Orthobug, un programme qui « pourrit » les textes en les truffant de fautes pour tester les performances des correcteurs. Ceux mis à l’épreuve sont le dernier correcteur de Microsoft Word et la nouvelle barre d’outils de Google. Le résultat est que les deux ont à peu près la même performance, c’est-à-dire qu’ils ratent le cinquième des erreurs injectées. Une analyse détaillée des résultats montre que ces erreurs non détectées sont presque toutes du même ordre : le mot existe bien dans le dictionnaire, mais est utilisé dans un mauvais contexte, ce que ces correcteurs ne sont pas en mesure de détecter.

3.2 Les limites des correcteurs

3.2.1 Les limites dues au contexte

L'absence de prise en compte de la sémantique de la phrase pénalise le plus les correcteurs. Compte tenu de ceci, on peut tenter d'établir ci-après les types d'erreurs qui échapperont presque toujours aux logiciels correcteurs. Les erreurs dues à l'homophonie. En présence de la phrase: " Julie sait cassé la jambe", le correcteur va suggérer de mettre cassé à l'infinitif, alors qu'un humain va comprendre immédiatement qu'il faut écrire s'est au lieu de sait. "On navait beaucoup du plaisir qu'en même". Le correcteur va proposer " n'avait" ou "navet", mais aussi "bavait", quand l'humain comprend que la forme erronée est générée par la liaison. De même, l'humain corrigera l'homophonie " qu'en" en " quand", alors que le logiciel passera outre, puisque la chaîne de caractères envisagée existe dans sa base. O n avait beaucoup du plaisir ne sera pas signalé comme erronée, la base de référence ne traitant pas les contiguïtés de type " beaucoup du ... " Les problèmes d'ordre textuel. " J'ai reçu des fleurs de mes enfants, mais je les ai oubliés sur le siège arrière de ma voiture" Ici, le correcteur ne pourra identifier l'erreur d'accord du participe, parce qu'il n'a pas la capacité d'identifier le référent du substitut " les". Les problèmes liés à une ponctuation incorrecte. Comme les délimiteurs de chaînes de caractères sont en grande partie des signes de ponctuation, toute erreur majeure de ponctuation (oubli du point final, mauvaise répartition des groupes dans la phrase, ...) va générer des suggestions de correction syntaxique aberrantes. Ici encore, l'humain va spontanément utiliser la sémantique pour maîtriser la situation. Cela dit, les correcteurs les plus performants prennent en compte le contexte d’une phrase à la fois. Ainsi, dans le texte « J’ai trois fils. Il aiment beaucoup le football », le correcteur va souligner « il aiment » mais deux corrections seront proposées : « il aime » ou « ils aiment ». C’est donc à l’utilisateur d’opérer le bon choix en fonction du contexte.

3.2.2 Autres insuffisances rapportées

• Leurs bases lexicales sont insuffisantes. Beaucoup de mots figurant dans un dictionnaire courant comme le Larousse ou le Robert leur sont inconnus. Ainsi pour ne prendre que la première page de la lettre "C" du petit Larousse, la plupart des vérificateurs orthographiques ignorent "caatinga", "cabasset" et "cabèche".

• Les mots composés et expressions, surtout lorsqu'il n'y a pas réunion par un trait d'union, sont peu ou mal traités. La plupart des vérificateurs accepteront "la vache a deux corn" car l'expression "pop corn" est traitée en deux mots distincts.

• En cas de mot inconnu, les propositions de mots sont souvent trop nombreuses, d'autant que le mot est court. Ces propositions sont parfois faites dans l'ordre alphabétique ou même par longueur de mot et, si une analyse relative permet à ces vérificateurs de faire figurer le mot juste parmi les propositions, il figure encore trop souvent en deuxième ou troisième position. Lorsque la faute se situe en début de mot, les propositions sont souvent incohérentes quand il y en a. Ainsi sur le mot "himuable" et malgré leur module de phonétisation, les vérificateurs ne trouvent pas le mot juste.

• Le traitement phonétique prime sur les probabilités d'erreur. Il serait préférable de mettre l'accent sur les erreurs fréquentes comme les interversions de lettres ou les ajouts et oublis d'espaces.

4. Les enseignants devraient-ils utiliser les correcteurs?

Quand on tient compte des faiblesses des correcteurs, on en vient à penser qu'il vaut mieux en déconseiller l'utilisation par l'élève parce qu'ils les aident trop mal! Il faut cependant nuancer quelque peu.

4.1 Développer son jugement critique

Une première attitude qu'il faut absolument avoir quand on fait appel à un correcteur, c'est de mettre en doute systématiquement les propositions qu'il fait. Il est clair, toutefois, que l'étendue du doute va dépendre des compétences orthographiques (graphiques, syntaxiques et sémantiques) de l'utilisateur. Or, dans ce cas précis, on pourra dire que l'autonomie d'un élève en matière d'orthographe est obtenue, seulement s'il a la possibilité d'évaluer correctement la validité des propositions que fait un logiciel ! Bref, l'élève va devoir réfléchir, car s'il utilise aveuglément le correcteur, il va accroître le nombre de ses erreurs au lieu de les réduire. Ainsi, peut-on croire que leur utilisation sera plus adéquate par des élèves d’un certain niveau, c’est-à-dire qui ont déjà une certaine maîtrise de la langue.En fait, plus les fautes sont nombreuses, plus le retour à la source est difficile pour le correcteur. Donc, contrairement à ce qu'on pourrait penser, le correcteur peut ne pas apporter grand-chose à ceux qui semblent en avoir le plus besoin, c'est-à-dire aux élèves qui éprouvent les pires difficultés à maîtriser l'orthographe, parce qu'ils sont incapables de mettre en doute les multiples propositions qui les assaillent (du fait de leur manque de connaissances grammaticales, de leurs connaissances fragmentaires en métalangage ou de leur immaturité réflexive face à la grammaire).

4.2 Les avantages des correcteurs : leurs aspects didactiques et pédagogiques

==== 4.2.1 Les correcteurs et l'orthographe lexicale ====

Les erreurs d'orthographe lexicale sont d'origines variées: "fautes de frappe" au moment de la saisie au clavier, connaissances orthographiques erronées, distraction, etc. De plus, un phénomène bien connu en matière d'orthographe est l'aveuglement face à sa propre production: on ne voit plus ses erreurs, alors qu'on repère facilement les mêmes erreurs dans les textes des autres. Ici, on peut affirmer que le correcteur orthographique est utile pour arrêter immédiatement le geste d'écriture dans le cas d'une faute de frappe ou d'attention, parce que la graphie correcte est connue de l'élève et qu'elle peut être immédiatement corrigée sans utiliser les propositions du correcteur.

Dans le cas de connaissances orthographiques erronées ou déficientes, le fait de se voir proposer plusieurs graphies différentes peut, en outre, être un bon moyen pédagogique pour faire davantage comprendre aux élèves que le sens dépend de la graphie, puisque l'utilisateur y devra choisir la bonne graphie en fonction du sens.

Comme le français est une langue à haute fréquence d'homonymie, on peut donc exploiter cette propriété: après que l'élève a fait vérifier son texte par le correcteur lexical, le professeur identifie tous les items erronés qui subsistent, et il conseille à l'élève d'identifier le sens du ou des mots mal corrigés en s'aidant des outils habituels (dictionnaires, ...) ou en se faisant aider (par ses pairs, par le professeur, ...). On peut en effet considérer que les mots mal orthographiés qui restent après le passage du correcteur lexical sont des mots dont l'élève n'a pas encore assimilé la graphie correcte. Exemples: - Si l'élève écrit "J'ai pêché des poisons" , cette erreur subsistera après passage du correcteur, parce qu'elle est lexico-sémantique. L'élève doit donc identifier le sens du mot " poison ". - L'élève a écrit " Mon père m'a donné sant dollars ". Après le passage du correcteur, il a mis " Mon père m'a donné sent francs ". Le professeur lui fait alors chercher le sens de " sent "car il ne distingue pas ces deux homonymes!

4.2.2 Le correcteur comme moyen de réfléchir sur la grammaire.

Seules les erreurs causées par la surcharge cognitive et par la dispersion de l'attention pourront être repérées par les élèves lors de leur activité de révision. Le correcteur sera alors d'une aide précieuse parce qu'il va offrir à l'élève une série de propositions que celui-ci évaluera en connaissance de cause. Suivant en cela l'idée qu'on ne devient pas autonome d'une façon autonome, le logiciel va apporter son aide et permettra finalement d'accroître l'autonomie de l'utilisateur, obligé de "trier" les propositions du correcteur, si pas, parfois, de les rejeter toutes.

4.2.3 Les correcteurs et la rétroaction formative (feed-back)

  • Les théories de l'apprentissage reconnaissent le rôle important de la rétroaction dans la formation. Un tireur à la carabine ne peut se corriger que s'il tient compte de ce qui l'amène à rater sa cible (trop bas, trop haut, ...).

C'est l'aspect diagnostique de l'évaluation qui est important dans l'acquisition de l'orthographe: un élève va progresser s'il se rend compte qu'il fait toujours les mêmes erreurs (exemple: bontée, santée, qualitée, fleure ), mais à la seule condition qu'on lui donne le moyen de reconstruire correctement la règle erronée qu'il applique (dans l'exemple cité, l'enseignant va devoir dire à l'élève que tous les mots ne prennent pas [e] au féminin, c'est-à-dire qu'il va réorienter la stratégie orthographique de l'élève qui, lui, appliquait la règle " tous les mots au féminin prennent [e] à la fin ").

  • Dans l'état actuel de la situation, les correcteurs orthographiques fonctionnent au coup par coup, sans préoccupation formative - et c'est normal - car ils sont élaborés à des fins de compensation et non dans un but didactique: ils présument en effet que l'erreur est due à une mauvaise saisie, et non le résultat d'une méconnaissance. Dans le cas des correcteurs syntaxiques, les plus évolués d'entre eux vont fournir des indications qui peuvent nourrir le feed-back (exemple: Le verbe doit s'accorder avec son sujet ). Espérons qu'à la longue, l'élève intègrera comme automatisme cette règle élémentaire, qu'il aura vue affichée de nombreuses fois, et qu'il puisse repérer la nature de l'erreur qu'il répète!

Cependant, il faut tenir compte qu'un correcteur est globalement peu fiable (voir Leurs performances ), ce qui le rend inapte à nourrir le feed-back: il est capable de générer de faux automatismes plutôt que de les corriger...

4.2.4 Les correcteurs et la nouvelle orthographe

Doivent-ils s'en préoccuper?

Permettront-ils d'en généraliser l'usage ?

Les textes officiels sont très clairs sur la question: tant l’orthographe traditionnelle (l’ancienne orthographe) que la nouvelle orthographe sont considérées comme correctes. Le texte officiel précise : “aucune des deux graphies ne peut être tenue pour fautive » (Dictionnaire de l’Académie française (9e édition) dans les fascicules du Journal officiel, depuis le 22.05.93.). En France, au Canada et en Belgique, par exemple, les enseignants sont invités à considérer les anciennes et les nouvelles formes comme correctes. On notera que les changements concernent environ 2000 mots. Les changements concernent principalement l’accent circonflexe, qui disparait (ou disparaît) dans un certain nombre de mots tels que connait, disparait, bruler, cout, enchainer, la concaténation de certains mots qui étaient unis par un trait d’union, l’utilisation des accents ou la disparition de certains pluriels irréguliers pour des emprunts qui se comportent désormais comme n’importe quel nom français prenant -s au pluriel. (whiskys, matchs, gentlemans…). L’utilisation des accents correspond aussi à la prononciation réelle des mots (ce qui explique que l’on recommande désormais d’écrire gèreras ou opèrerai, avec un accent grave plutôt que l’accent aigu de géreras ou d’opérerai). Plusieurs sites donnent des listes plus ou moins exhaustives des mots touchés par ces rectifications orthographiques comme le site Orthographe Recommandée http://www.orthographe-recommandee.info/ , mis en place par le "groupe de modernisation de la langue française". On peut également trouver sur la Toile des descriptions très intéressantes (et plus complètes qu’ici) de ces changements, par exemple sur le site de l’Académie Française.

Puisque toutes les autorités linguistiques s’accordent sur le fait que les anciennes et les nouvelles graphies doivent être considérées comme correctes, cela signifie que personne ne peut vous blâmer si vous décidez d’utiliser “bruler” (nouvelle graphie) dans un texte et “connaître” (ancienne graphie) un peu plus loin dans le même texte. Des correcteurs comme celui d’office 2003 ou encore le logiciel propriétaire Antidote Prisme 5 et ses versions améliorées offrent la possibilité de configurer les paramètres du correcteur en fonction de l’orthographe rectifiée ou non. Pour Office 2003, 3 options sont offertes :

(a) d’appliquer uniquement l’orthographe traditionnelle (= les anciennes graphies) (ce qui signifie que les nouvelles graphies seront soulignées en rouge) ; (b) d’appliquer uniquement l’orthographe rectifiée (= la nouvelle orthographe) (ce qui signifie que les ‘anciennes’ graphies seront soulignées en rouge); (c) de considérer les anciennes graphies et les nouvelles graphies comme correctes (c’est en fait l’option par défaut).

Ces options pourraient être utilisées par les enseignants qui souhaitent enseigner les nouvelles règles et la philosophie de ces changements. Il est aisé d’imaginer que l’enseignant rédige un texte en appliquant les règles de l’orthographe traditionnelle et sélectionne l’option « orthographe rectifiée », ce qui provoquera l’apparition des lignes ondulées rouges sous les formes « anciennes ». Il suffirait de demander à l’élève de corriger le texte en l’adaptant à la nouvelle orthographe.

4.3 Autres utilisations possibles des correcteurs

4.3.1 Les utiliser pour faire de la grammaire

L'élève qui dispose d'un bagage cognitif suffisant utilisera avec profit un correcteur orthographique. Il faut cependant vérifier la cause des insuffisances constatées, avant de prendre la décision utile qui s'impose. On peut aussi utiliser les correcteurs en mettant systématiquement en doute les propositions de correction que fait le correcteur: il y a là une exploitation possible des lacunes de l'outil pour pratiquer de la grammaire réflexive!

De même, on peut suggérer aux élèves qui ont une bonne connaissance de la grammaire, ou qui manient avec aisance des formes syntaxiques recherchées, de créer des phrases ou des textes qui prennent le correcteur en flagrant défaut, alors que les énoncés soumis sont corrects, puis d'évaluer les réponses que fournit le logiciel. Par exemple, l'élève écrit " Le soir chantent les rossignols.": le correcteur proposera chante. L'élève recherche pourquoi le correcticiel s'est trompé.

4.3.2 Les utiliser pour faire un diagnostic

En début d’année scolaire, alors que l’enseignant cherche à connaître le bagage et le stade de développement des compétences des élèves, il peut être opportun de demander aux élèves de produire un court texte à l’aide d’un correcteur. L’enseignant peut alors cibler les élèves davantage en difficulté, c’est-à-dire ceux dont le texte est truffé d’erreurs et de corrections inadéquates.

4.3.3 Les utiliser pour apprendre la nouvelle orthographe

Les options de réglage des paramètres en orthographe rectifiée décrites plus haut pourraient être utilisées par les enseignants qui souhaitent enseigner les nouvelles règles et la philosophie de ces changements. Il est aisé d’imaginer que l’enseignant rédige un texte en appliquant les règles de l’orthographe traditionnelle et sélectionne l’option « orthographe rectifiée », ce qui provoquera l’apparition des lignes ondulées rouges sous les formes « anciennes ». Il suffirait de demander à l’élève de corriger le texte en l’adaptant à la nouvelle orthographe.

5. En conclusion

En fait, il est certain que le français, langue complexe, riche et moins répandue dans le monde, n’est pas aussi rentable que l’anglais pour les entreprises, d’où la mise en marché de logiciels incomplets. Cela dit, si le correcteur n’a que l’intelligence de ses concepteurs avec le handicap d’une binarisation de cette intelligence, cette insuffisance est une vertu en soi puisqu’elle incite l’utilisateur à pratiquer son jugement critique et à demeurer alerte. Pour bien utiliser un correcteur, voici quelques conclusions qu’on peut tirer :

1. Utiliser efficacement un correcteur suppose qu'on mette en doute les propositions de correction.

2. L’apport des correcteurs actuels dans la pédagogie de la langue française est minime, et leur utilisation doit être bien réfléchie, sous peine de conduire à une aggravation des erreurs, surtout dans le cas des élèves qui connaissent de réelles difficultés en orthographe. Pour cette raison, il est essentiel que les élèves aient pu en mesurer quelques limites, par exemple lors de séances d’ateliers de travail d’écriture avec le traitement de texte, organisées par l’enseignant.

3. Les correcteurs n’arrivent que très partiellement à apporter un feed-back sur les difficultés orthographiques des élèves : les quelques outils qui existent à l’heure actuelle traitent des aspects particuliers de l’orthographe (règles d’accord des participes, par exemple), mais il n’existe pas encore d’outils valables qui le font pour l’ensemble de l’orthographe, tant lexicale que syntaxique. L’enseignant est toujours le mieux placé pour mettre l’élève en situation d’apprentissage, c’est-à-dire pour lui faire prendre conscience des régularités de la langue (dans le cas d’élèves qui accordent peu d’attention à l’orthographe). Bref, un correcteur n'apprendra rien à son utilisateur, mais il sollicitera sa réflexion sur ce qu'il connaît déjà, ce qui constitue une activité hautement intéressante et productive, notamment en matière d'orthographe. En fait, l'outil n'apporte valablement son aide qu'à celui qui connaît déjà l'orthographe; un correcteur n'est pas producteur de savoir, il est productif quand le savoir existe.

6. Médiagraphie

Correcteur (informatique), [en ligne] http://fr.wikipedia.org/wiki/Correcteur_orthographique (26 mars 2007)

F. BERTEN, Commission "Français et Informatique ", «Correcteurs orthographiques et enseignement du français » [en ligne] http://users.skynet.be/ameurant/francinfo/correcteur/correcteur.html (5 mars 2007)

NIZET, Benjamin, Enseignons.be, Correcteurs orthographiques [en ligne] http://www.enseignons.be/actualites/pedagogique/index.php/2006/05/13/89-correcteurs-orthographiques (26 mars 2007)

SYNAPSE DÉVELOPPEMENT, « À propos de la correction grammaticale française et des correcteurs informatiques » [en ligne] http://www.synapse-fr.com/descr_technique/A_propos_des_correcteurs.htm (26 mars 2007)

Techno-science.net, Correcteur (informatique) [en ligne] http://www.techno-science.net/?onglet=glossaire&definition=641 (26 mars 2007)

VÉRONIS, Jean, Technologies du langage, « Correcteurs orthographiques en panne? » [en ligne] http://aixtal.blogspot.com/2005/07/texte-correcteurs-orthographiques-en.html (26 mars 2007)

7. Bibliographie de F. Berten

DESILETS (Mario), Que penser de l'utilisation des logiciels correcteurs à l'école?, in Vie Pédagogique, no 107, avril-mai 1997.

DESMARAIS (L.), Proposition d'une didactique de l'orthographe ayant recours au correcteur orthographique, Université de Laval, 1994.

Les correcteurs orthographiques à l'école? in L'Ordinateur individuel, no 92, Février 1998.

Observatoire Wallon des Industries de la Langue (page consultée le 18 mars 1999) Site de l'Observatoire Wallon de l'Inforoute et du Traitement Informatique des Langues [en ligne] http://www.owil.org/

POIROT-DELPECH (Bertrand), "Eviter le passé simple", in Le Monde, mercredi 06 avril 1999. [en ligne] http://www.lemonde.fr/nvtechno/techno/poirot.html

À propos de la correction grammaticale et des correcteurs informatiques.http://www.synapse-fr.com/maintenance/A_propos_des_correcteurs.htm [en ligne] [page consultée le 15 février 2000] Par l'éditeur de Cordial, une critique assez fine des lacunes de correcteurs orthographiques fournis avec les logiciels bureautiques. Ne vous y trompez pas, l'article est critique, mais pour mieux vanter la valeur géniale du correcteur CORDIAL, que ses concepteurs prétendent génial. Autant être averti.

BIBEAU R., Ils apprennent à écrire à l'aide de l'ordinateur. L'intégration des TIC en classe de français (1983-1998) http://vitrine.ntic.org/vitrine/veille/Textes/B-IBecrit.html#4 [En ligne] [Article consulté le 18/02/2000] Spécialiste de l'apprentissage de l'écriture assistée par les TIC, R. BIBEAU mène une réflexion avancée sur l'utilisation des correcticiels en pédagogie. Il y vante les mérites d'Exploratexte (actuellement Correcteur 101 didactique). Cet outil cherche à déterminer la nature des erreurs syntaxiques et à les signaler à l'élève en utilisant un vocabulaire approprié. Mais de ce fait, ce n'est plus un correcticiel tout venant!

Chantal CHARNET, Rachel PANCKHURST, Le correcteur grammatical : un auxiliaire efficace pour l'enseignant ? Quelques éléments de réflexion. http://alsic.univ-fcomte.fr/Num2/panck/defaut.htm [en ligne] [article consulté le 18/02/2000] Comment aider l'enseignant à mieux suivre le parcours acquisitionnel de l'apprenant en langue étrangère ? Que peuvent alors apporter les nouvelles technologies ? Un correcteur grammatical pourrait-il servir d'“auxiliaire” pour identifier les erreurs, voire les lieux d'intervention didactique nécessaires ? Par le biais des Industries de la langue, différents outils fournissent un cadre de réflexion pour ce type de problématique. Un logiciel de vérification et de correction grammaticales s'avère utile dans divers contextes d'utilisation. Nous nous proposons d'apporter une contribution pluridisciplinaire, à la fois en linguistique - informatique et en didactique afin de cerner le fonctionnement et l'utilité d'un tel logiciel en situation d'apprentissage du français langue étrangère écrit.