La cyberdémocratie
Sommaire
Introduction
Traditionnellement, la démocratie représentative était privilégiée en raison de l'impossibilité pour tous les citoyens d'assister physiquement aux assemblées publiques. La volonté générale des citoyens s'exprimait par la médiation des représentants élus. Aujourd'hui, il apparait légitime de douter de la pertinence d'un tel modèle. L'inquiétude que suscite la baisse de la participation électorale (particulièrement chez les jeunes1) et le souci de se rapprocher des électeurs et de ce qu'ils pensent réellement ont mené à la nécessité d'une nouvelle forme de démocratie. La démocratie participative est plutôt une forme de partage et d'exercice du pouvoir, fondée sur le renforcement de la participation des citoyens à la prise de décision politique.
Plusieurs autres sphères d'activité humaine ont intégré et ainsi bénéficié du fonctionnement des technologies et d'Internet : le milieu des affaires, de la culture, des médias, des arts, des loisirs, de la recherche, etc. Pourquoi la sphère politique n'adopterait-elle pas elle aussi la cyberdémocratie?
Les avantages et possibilités
Démocratisation de l'information
L'utilisation d'Internet permet de décentraliser (démocratiser) les sources d'informations2. De ce fait, les risques de propagande causée par une "pensée unique" véhiculée par un groupe d'intérêt possédant les médias sont diminués. Également, une plus grande autonomie serait accordée aux citoyens. Dans un contexte où le scepticisme de la population envers ses élites politiques augmente, une plus grande responsabilité individuelle pourrait être un remède au cynisme grandissant de la population.
Communautés d'intérêt
Selon le théoricien des réseaux informatiques J.C.R Licklider 3 , les interactions interindividuelles en ligne ne s'effectuent plus seulement selon des facteurs contingents comme la situation géographique, mais principalement selon les intérêts des individus. Ces "communautés d'intérêt" présentent l'avantage de rassembler facilement en un seul lieu une multitude de gens qualifiés dans un domaine particulier : Licklider parle d'une véritable "amplification de l'intelligence". Il serait judicieux de canaliser ce potentiel intellectuel en vue du bien commun, que ce soit en intégrant à notre système démocratique des processus de consultation plus efficaces ou même en confiant la gestion de certains secteurs de la vie publique à des comités de citoyens jugés compétents dans ce domaine précis.
Exemples de projets de démocratie directe en ligne
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Plusieurs projets d'ordre politique fonctionnent bien grâce à la participation bénévole d'un grand nombre de gens. Par exemple, afin de concevoir une nouvelle Constitution, l'Islande a initié une vaste consultation citoyenne d'avril à juillet 2011 456. Les idées des citoyens ont été recueillies à l'aide des médias sociaux, tels Facebook et Twitter. Chaque proposition a été analysée par une Assemblée constituée de 25 citoyens élus. Le texte de la Constitution est accessible en ligne et il a été mis à jour hebdomadairement pendant la période de consultation populaire (Constitution islandaise en construction - en anglais). On pourrait également citer le cas de la Suisse, qui est déjà une démocratie directe partielle et qui s'oriente vers une plus grande utilisation des TIC dans les consultations populaires. 2 Aussi, un parti politique australien Senator Online propose de donner tous ses votes au Parlement en s'alignant sur la majorité obtenue par sondages électroniques sur leur page web, page fournissant aussi différents points de vue sur les enjeux soulevés. Plus près de chez nous, le site web québécois (http://www.quebecvote.ca) permet aux citoyens de s'inscrire comme électeur et de voter sur des lois qu'ils auront préalablement proposées ou étudiées. Une des missions de cette organisation est d'instaurer une démocratie directe pour changer les choses et restaurer la responsabilité citoyenne. Une section du site internet de l'Assemblée nationale du Québec porte même le nom « Exprimez votre opinion » et permet aux citoyens de créer et signer des pétitions pouvant être présentées à l'Assemblée. |
Difficultés, obstacles, objections
La mise en place d'une démocratie participative utilisant les technologies de l'information et de la communication (TIC) présente néanmoins certains défis2. Les forums et autres plateformes de discussion en ligne deviennent souvent des lieux propices aux "flame wars", "trolls", et autres phénomènes non-constructifs attribuables principalement à l'anonymat, qui contribue à distancier l'auteur de ses propos. Plutôt que d'être un espace de délibération et d'argumentation rationnelle menant à une position commune, Internet contribue souvent à la polarisation et au renforcement des opinions. De même, les citoyens ont tendance à consulter surtout les sites web comportant des opinions similaires aux leurs : Internet ne favoriserait donc pas la prise en considération d'opinions variées.7 Cette tendance est en outre amplifiée par le mode de fonctionnement des engins de recherche modernes, qui filtrent l'information selon les préférences des utilisateurs, ce qui peut les emprisonner dans une certaine "bulle filtre", phénomène sévèrement critiqué par Eli Pariser. Dans une démocratie, il est préférable que les citoyens aient une culture commune, des expériences communes afin de les unifier et de faciliter la cohésion sociale. Internet tend à multiplier les expériences individuelles, à diviser, à diversifier davantage les points de vue, ce qui peut rendre d'autant plus difficile la prise de décision concertée. L'accès aux technologies et à Internet devient un moyen privilégié de faire valoir son point de vue et de mettre de l'avant ses propres intérêts, pour certains citoyens qui y ont accès. Malheureusement, il y a des citoyens qui n'ont pas accès aux technologies.8 Un autre problème est celui de la confiance portée envers la sécurité informatique et le contrôle de l'identité des votants. 9 Une concentration des médias a aussi lieu sur Internet. Les risques qu'une grande proportion des citoyens s'alimentent à partir de sources d'information "biaisées" et que les grands médias obtiennent un pouvoir encore plus grand ne doivent donc pas être perdu de vue. |
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Conditions essentielles pour l'émergence d'une démocratie participative sur Internet
Après réflexion, il semble que les conditions suivantes devraient absolument être respectées pour favoriser l'émergence d'une cyberdémocratie fonctionnelle:
- Présence d'une certaine structure pour encadrer les échanges et favoriser l'atteinte d'un consensus;
- Libre accès à une information riche, objective et plurielle. Suggestion : Mise en place d'un espace public d'accès à l'information modéré par un comité indépendant citoyen;
- Assurer la sécurité et le caractère public des interventions;
- Éducation à la citoyenneté, à la démocratie et à l'utilisation de nouvelles technologies;
- Démocratisation de la technologie et d'Internet (garantir l'accès).
Conclusion
Une démocratie participative donnerait l'opportunité aux citoyens de passer de la parole aux actes dans un exercice responsable de leur rôle en société plutôt que de simplement contester. De plus, les moyens technologiques variés auxquels aurait accès la majorité de la population s'avéreraient efficaces afin de rapprocher l'exercice du pouvoir de la population. Cependant, la cyberdémocratie présente plusieurs défis et difficultés et certaines conditions devront nécessairement être respectées pour favoriser son émergence et sa réussite. En raison de tous les avantages et possibilités mentionnés, et en tenant compte des pistes de solutions proposées, nous croyons que la cyberdémocratie serait un pas en avant vers une démocratie plus motivante et adaptée à la société d'aujourd'hui.
Commentaires
PaulBruleBareil : Très bien fait, beaucoup de contenu et intéressant. Aussi... très bien le vidéo
Médiagraphie
Images
Dans leur ordre d'apparition:
Figure democracy.jpg récupérée au http://sadosha.files.wordpress.com/2011/05/democracy.jpg
Figure community.jpg récupérée au http://www.notre-europe.eu/fr/axes/democratie-en-action/projets/projet/democratie-participative/
Figure web.jpg récupérée au http://esl-bits.net/listening/Media/2010-6-15/Internet%20Democracy/default.html
Figure flamewar-1.gif récupérée au http://lagorama.com/flamewar-2008-underway-with-soe
Figure 5c3a2c863b2bace44f6060c81b3e7393 récupérée au http://www.roblox.com/Greek-God-Tux-item?id=36574192
Vidéo
TED2011 (2011, mai). Eli Pariser: Beware online "filter bubbles" [Vidéo en ligne]. Repéré à http://www.ted.com/talks/eli_pariser_beware_online_filter_bubbles.html
Références théoriques
Barnes, A. La participation électorale des jeunes au Canada - 1. Tendances et bilan (Publication no. 2010-19F). Repéré à http://www.parl.gc.ca/Content/LOP/ResearchPublications/2010-19-f.htm (1)
OCDE. (2003). Promesses et limites de la démocratie électronique: les défis de la participation citoyenne en ligne. Repéré à http://www.oecd.org/dataoecd/26/0/35401843.pdf (2 3 4)
Licklider, J.C.R. & Taylor, R.W. (1990). The computer as a communication device. Dans Robert W. Taylor (dir.) In Memoriam: J. C. R. Licklider 1915-1990 (p.21 à 40). Palo Alto, California: Systems Research Center. Repéré à http://memex.org/licklider.pdf (5)
RFI. (2011, 16 juillet). L’Islande innove en rédigeant sa Constitution via Twitter et Facebook. Repéré à http://www.rfi.fr/europe/20110716-islande-innove-redigeant-constitution-twitter-facebook (6)
Siddique, H. (2011, 9 juin). Mob rule: Iceland crowdsources its next constitution. Repéré à http://www.guardian.co.uk/world/2011/jun/09/iceland-crowdsourcing-constitution-facebook (7)
Roch, J.-B. (2011, 24 juin). Enquête: La Constitution islandaise s'écrit sur les réseaux sociaux. Répéré à http://www.telerama.fr/monde/la-constitution-islandaise-s-ecrit-sur-les-reseaux-sociaux,70444.php (8)
Flichy, P. (2008, 14 janvier) Internet, un outil de la démocratie? Repéré à http://www.laviedesidees.fr/Internet-un-outil-de-la-democratie.html (9)
Sustain, C. Republic.com Princeton, New Jersey: Princeton University Press. Repéré à http://press.princeton.edu/chapters/s7014.pdf (10)
Enguehard, C. (2007). Vote par internet : failles techniques et recul démocratique (Rapport interne hal-00181335). Nantes, France: Laboratoire d'Informatique Nantes Atlantique, Université de Nantes. Repéré à http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/18/25/30/PDF/VoteInternet.pdf (11)