La science en action
Introduction
Les paroles de Janus
La science toute faite, p. 28 La science en train de se faire Il suffit de considérer les faits, p. 36 Débarrassez-vous de tous les faits inutiles Choisissez la machine la plus efficace, p. 39 Décidez en quoi l’efficacité doit consister Une fois que la machine marchera, tous les gens seront convaincus, p. 41 La machine marchera quand tous les gens concernés seront convaincus. Lorsque les choses sont vraies, elles tiennent. P. 47 Lorsque les choses tiennent, elles commencent à être vraies. La science ne se laisse pas intimider par une multitude d’opinions, p. 85 Comment être plus fort qu’une multitude d’opinions.
« L’efficacité sera la conséquence de celui qui réussit; elle ne permet pas de départager, sur le coup, celui qui a raison et celui qui a tort. » (40) « C’est parce qu’il avait fallu tenir compte, tout du long, de ceux qui allaient juger de sa bonne marche que la machine en vint finalement et progressivement à bien fonctionner. » (44) « « Bien sûr », dit la face gauche de Janus, « tout le monde est convaincu, parce que Jim et Francis sont tombés sur le bon modèle. – Non, rétorque la face droite, chaque fois que quelqu’un d’autre s’y rallie, cela devient progressivement le bon modèle. » (47) Principe de Duhem-Quine : « Elle énonce qu’un seul facteur n’est pas suffisant pour expliquer la clôture d’une controverse ou la certitude acquise par les hommes de science. » (48)
Première règle de méthode : « Nous allons analyser les faits et les machines dans le courant même de leur fabrication; nous ne nous embarrasserons d’aucun préjugé sur ce qui constitue la connaissance; nous étudierons la fermeture des boîtes noires et veillerons à distinguer deux explications contradictoires de cette fermeture, l’une qui apparaît quand tout est fini, l’autre en cours de fabrication. » (49) Les personnes, le décor, les lieux, les moments, les équipements, les machines, les collègues, reconstituez la foule mobilisée par la discussion.
Chapitre 1 – D’une rhétorique plus faible à une rhétorique plus forte
Modalité : phrase qui a pour fonction de modifier (ou de qualifier) une autre phrase. Modalités positive et négative : « Nous appellerons modalités positives les phrases qui conduisent à un énoncé éloigné de ses conditions de production, le rendant suffisamment solide pour que certaines de ses conséquences deviennent nécessaires. Nous appellerons modalités négatives les phrases qui infléchissent un énoncé dans l’autre direction, vers les conditions de production, et qui expliquent en détail pourquoi il est solide ou faible, au lieu de l’utiliser pour renforcer la nécessité de certaines autres conséquences. » (63) « Une phrase peut se voir offrir la qualité de fait ou celle d’artefact selon la façon dont elle est insérée dans d’autres phrases. En elle-même une phrase n’est ni un fait ni une fiction; ce sont les autres qui la rendent telle selon ce qu’ils en font. On peut la rendre plus factuelle si on l’insère comme prémisse close, évidente, fermée, formant un tout dans une autre conséquence moins fermée, moins évidente, moins ferme et moins unifiée. » (67-68)
« (…) le destin de ce que nous disons et faisons est entre les mains des autres. » (78) « Pour résumer, la fabrication des faits et des machines est un processus collectif. » (79)
« Au contraire, pour s’attaquer à un article bardé de notes, l’opposant doit affaiblir tous les articles cités, ou au moins pourrait être mis en demeure de la faire, alors que, en s’attaquant à un article nu, l’auteur et le lecteur auront le même poids : ils seront face à face. » (87) « Ce que l’on appelle contexte de citation nous montre la façon dont un texte agit sur les autres pour les faire pencher en faveur des thèses qu’il contient. » (91) « Ils peuvent combiner les modalités positives et négatives, renforcer par exemple un article X pour affaiblir un article Y susceptible de les affaiblir. » (95) « Autre tactique fréquente, celle qui consiste à opposer deux articles de façon à ce qu’ils s’affaiblissent l’un l’autre. Deux contre-affirmations dangereuses sont ainsi réduites à l’impuissance.» (96) [18] « La signification de cette observation reste à établir. » « Les règles sont assez simples : affaiblir les ennemis, paralyser ceux que l’on ne peut affablir (comme dans la phrase [18]), se porter au secours de ses alliés s’ils sont attaqués, assurer des communications en toute sécurité avec les fournisseurs d’instruments indiscutables (comme dans [20], obliger ses ennemis à se combattre entre eux [23]; lorsque la victoire est incertaine, rester humble et discret. » (97) Article toujours repris sans commentaire devient une boîte noire. « (…) un fait est ce qui est stabilisé collectivement au cours d’une controverse lorsque l’activité des articles ultérieurs ne consiste pas seulement en critiques ou en déformations mais aussi en une confirmation. » (105) « Il existe cependant une tactique beaucoup plus puissante, qui consiste à présenter la chose elle-même que l’on demande aux lecteurs de croire. » (115-116) Graphiques, tableaux, etc. Empilement : structure logique du cours, chaque partie, chaque couche, ajoute quelque chose à la précédente. « (…) fournir la preuve la plus générale possible avec le moins de données possible étant donné les circonstances. » (127) Mise en scène et cadrage : « Pour se défendre le texte doit expliquer comment et par qui il doit être lu. » (128) « Le texte construit une petite histoire dans laquelle quelque chose d’incroyable (le héros) devient progressivement plus crédible parce qu’il résiste à des mises à l’épreuve de plus en plus terribles. » (130) Captation : « (…) contrôle subtil des mouvements de ceux qui font des objections. » (140) « Disposer le texte de façon que, quel que soit l’endroit où le lecteur veuille se rendre, il ne puisse prendre qu’un seul chemin. » (140) Texte logique. Premier principe : le sort des faits et des machines est entre les mains des autres. « Cette deuxième règle nous demande non pas de regarder les qualités intrinsèques d’un énoncé mais d’étudier plutôt toutes les transformations qu’il subit ultérieurement en d’autres mains. » (144) « Quelle que soit la controverse dont nous partons, nous serons toujours capables de nous y retrouver : [dimension horizontale] a. en regardant à quelle étape dans la production des faits se trouve l’affirmation que nous avons choisie comme point de départ; b. en découvrant ceux qui s’efforcent de la transformer en fait et ceux qui au contraire tentent de la transformer en artefact; c. en repérant dans quelle direction l’énoncé est poussé par les actions opposées de ces groupes; est-ce vers le haut ou vers le bas (…) [dimension verticale] d. une mesure de la distance entre l’énoncé original et les nouveaux énoncés (…) Pour finir, les deux dimensions réunies nous indiqueront : e. le front de la controverse (…) Toute controverse est le déploiement dans ces deux dimensions des transformations ou des traductions qu’il faut faire subir à la fois au collectif des collègues et aux énoncés. » (144-145) « (…) le front de la recherche est la trajectoire dessinée par cette acceptation et par cette transformation. » (146)
Chapitre 2. Les laboratoires Laboratoire : lieu où les chercheurs travaillent. « Nous comprenons maintenant d’où vient cette figure. Elle a été extraite des instruments de celle salle, nettoyée, redessinée et mise en forme. » (156) « J’appellerai instrument (ou inscripteur) tout dispositif, quels que soient sa taille, sa nature et son coût, qui fournit une visualisation quelconque dans un texte scientifique. » (163) « En utilisant cette notion nous pouvons définir plus précisément qu’auparavant le laboratoire comme tout lieu qui rassemble un ou plusieurs instruments. » (167) L’auteur explique les inscriptions. « L’auteur se comporte comme s’il était le porte-parole de ce qui s’inscrit sur l’écran de l’appareil. » (173) « Leur force vient de ce qu’ils parlent non pas tous seuls mais en présence de ceux qu’ils représentent. » (175) « Cette configuration est que tout se passe comme si le porte-parole ne « parlait pas réellement », mais qu’il se contentait de commenter ce que vous voyez directement, vous fournissant les mots que vous auriez de toute façon utilisés. » (175) « (…) en laissant les choses ou les gens représentés dire eux-mêmes ce que les représentants ont affirmé qu’ils voulaient dire. » (177) « (…) l’auteur de l’énoncé se met en retrait et celui qui doute voit, entend et touche lui-même les choses inscrites ou les gens assemblés qui lui révèlent la même affirmation que l’auteur. » (178) « Que se passerait-il s’il s’éloignait de son itinéraire et s’il éprouvait la solidité des liens unissant les représentés et leur porte-parole ? » (180) « Comme le patron dont nous avons parlé plus haut, Wood s’aperçut que tout cohérent qui lui était présenté était un ensemble d’éléments qui pouvaient mener, par de subtiles pressions, dans beaucoup de directions différentes. » (182) Pour subjectivité en science voir Blondlot et les rayons N. « Selon le rapport des forces, les porte-parole deviennent des individus subjectifs ou des représentants objectifs. Le caractère objectif signifie que les liens entre les représentés et celui qui s’exprime à leur place résisteront à toute tentative pour les briser. (…) Le caractère subjectif signifie que, étant censés parler au nom de gens ou de choses, les représentants ne sont entendus que comme représentants d’eux-mêmes. » (189) « L’ « objectivité » et la « subjectivité » sont relatives aux épreuves de force et peuvent e déplacer progressivement, d’un pôle à l’autre. » (190) (Professeur, sceptique) Anti-laboratoire qui doit être meilleur que le laboratoire. « Comment faire pour obtenir un meilleur laboratoire, c’est-à-dire qui produit des affirmations moins contestables et permet au sceptique – maintenant patron d’un laboratoire – d’exprimer son désaccord tout en étant cru ? » (193) Plus de boîtes noires, des instruments permettant une meilleure lisibilité. « (…) rediriger leur désaccord vers d’autres aspects de l’énoncé. » (200) « (…) mettre sur pied des laboratoires coûteux dans lesquels on introduit le plus tôt possible dans la discussion un nombre toujours plus grand de boîtes noires. » (201) « (…) forcer les alliés des opposants à changer de camp. » (201) « (…) je propose d’appeler actants tous ceux, humains ou non-humains, qui sont représentés afin d’éviter le mot d’acteur trop anthropomorphique. » (202) « Pour renverser le rapport de forces et mettre fin à l’impasse d’autres alliés non encore définis devront être mobilisée. » (208)
Chapitre 5 – Les tribunaux de la raison Technosciences comme réseau : « Le mot indique que les ressources sont toutes concentrées en quelques lieux – les nœuds -, mais que ces nœuds sont reliés les uns aux autres par des mailles; grâce à ces connexions les quelques ressources dispersées deviennent un filet qui semble s’étendre partout. » (431) Chapitre qui explique se qui se passe à l’extérieur du filet. Croyances pour ceux qui sont à l’extérieur, et connaissances pour ceux qui sont à l’intérieur. Pour ceux qui sont à l’intérieur, ceux qui sont à l’extérieur sont plus subjectifs. « La partition se fait dorénavant entre ceux qui ont accès à la nature des phénomènes et ceux qui, parce qu’ils ne sont pas suffisamment instruits, n’ont accès qu’à des visions déformées de ces phénomènes. » (438) Science seulement description des phénomènes naturels, les autres croient, se sont éloignés de la rationalité à cause de facteurs sociaux donc expliquer cela (asymétrie) « La meilleure façon d’éviter l’asymétrie consiste à considérer la « croyance » ou le comportement « irrationnel » comme la conséquence d’une accusation et d’un jugement. » (446) Socio-logique Explication asymétrique « (…) lequel visait, comme nous l’avons vu plus haut, à n’interpréter par des facteurs sociaux que le détournement par rapport au droit chemin. » [la rationalité] (472) 1. Aller contre les affirmations d’autrui « Au lieu d’être des relativistes absolus plaidant seulement pour la symétrie, nous sommes des relationnistes qui découvrons comment des relations plus fortes en évincent localement de plus faibles. » (479) 2. Qu’est-ce qui est lié à quoi ? Différences entre les chaînes associatives : « (…) le nombre des points qui sont joints entre eux, la force et longueur de la jonction et la nature des obstacles. Chacune de ces chaîne est logique, c’est-à-dire va d’un point à un autre, mais certaines chaînes n’associent pas autant d’éléments que d’autres ou ne produisent pas les mêmes déplacements.» (488) 3. Dresser la carte des associations Veulent se rendre plus crédibles : « Ce faisant, ils dessinent pour nous et pour eux-mêmes les chaînes d’associations qui constituent leur socio-logique. » (488) « La seule chose que nous pouvons faire est de découvrir dans l’épreuve ce qui est ou ce qui n’est pas associé à un énoncé soumis à la pression. » (489) « a) comment sont attribués les causes et les effets; b) quels points sont liés à tels autres; c) quelle taille et quelle force ont ces liens; d) qui en sont les porte-parole les plus légitimes; et e) comment ces éléments se modifient au cours de la controverse. » (489)
Penser socio-logiquement : « (…) autrement dit, ils sont passés directement de certains éléments à d’autres jusqu’à ce qu’une controverse se déclenche. » (496)
« La façon la plus simple de propager un énoncé est de laisser à chacun des acteurs une marge de négociation pour le transformer à sa convenance et pour l’adapter aux conditions spécifiques. » (504)
Faits durs : adopter l’énoncé tel quel, sans le transformer Faits mous : permet de négocier
Logique : est-ce une association plus faible ou plus forte ? Socio-logique : est-ce une association plus faible ou plus forte ? Pour éviter le binaire