La littérature numérique et hypertextuelle : Un nouvel outil pour l'enseignement
Il serait mensonger d’affirmer que les jeunes étudiants de la génération C ne lisent pas. En réalité, ils dévorent leur courrier électronique, s’abreuvent d’une tonne de messages textes, consultent à tous moments des blogs, des pages de moteurs de recherche et des sites d’information et sont éminemment actifs sur les médias sociaux. Et la littérature dans tout ça ? Cette dernière subit également les influences de la cyberculture. En effet, bien que les productions hypertextuelles soient encore loin de déclasser les bonnes vieilles œuvres imprimées, leur popularité gagne du terrain. En conséquence, il serait intéressant de questionner leur potentiel en contexte scolaire, notamment auprès des étudiants du collégial, qui sont de grands consommateurs d’hypertextes en tous genres. Pour ce faire, nous observerons tout d’abord en quoi la lecture d’œuvres hypertextuelles se distingue de la lecture traditionnelle. Nous nous pencherons ensuite sur son utilité dans le cadre de l’enseignement de la lecture au collégial et, pour finir, nous aborderons le cas de l’écriture numérique en classe.
Sommaire
Une mutation du support qui transforme les modes de lecture
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Tout d'abord, la littérature hypertextuelle, par le biais de l'espace virtuel où elle prend forme et est rendue disponible, offre au lecteur l’expérience d’une immersion dans le texte. En effet, alors que « [n]ous tenions le livre entre nos mains, nous sommes plongés dans l’hypertexte. » (Vandendorpe et Bachand, 2002) D'ailleurs, ne dit-on pas que l’on navigue sur la toile, que l’on surfe sur Internet ? Ces expressions empruntées au domaine nautique démontrent bien qu’Internet transforme le rapport du lecteur au texte. Désormais, au lieu de suivre la linéarité du livre, il chemine à l’intérieur d’un réseau de textes interreliés. Devant l’œuvre hypertextuelle, celui-ci devient un déambulateur, parcourant un espace-texte dont il ne peut discerner les limites physiques. Le lecteur de l'hypertexte est comme le marin qui, naviguant sur l’océan, ne distingue plus les bords du continent. En effet, ne bénéficiant pas du support matériel que lui offre le texte imprimé, il lui est difficile d’appréhender l’ampleur de son objet. Il est donc submergé par lui. |
Enseigner la lecture hypertextuelle
En classe de français, l'utilisation de la littérature hypertextuelle présente des avantages indéniables. Comme le lecteur devient maître de l'histoire, il a la possibilité de se créer un parcours personnalisé à travers l'œuvre, ce qui ne peut qu'accroître son intérêt et sa motivation. De plus, « l’hypertexte semble propice pour faciliter la compréhension en lecture » (Grégoire, 2010), en permettant l'intégration de compléments d'information à l'intérieur même du texte. L'étudiant n'a plus besoin de recourir aux notes de bas de pages ou au glossaire à la fin d'un bouquin : toute l'information se trouve là, accessible, à un "clic" de souris... |
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Les nouvelles formes d'écriture
Si la littérature hypertextuelle est de plus en plus populaire, l’écriture numérique, quant à elle, a depuis longtemps acquis ses lettres de noblesse. Avec un ordinateur, ce qui a été tapé n’a pas à être retapé, alors que sur papier, ce qui a été écrit doit souvent être retranscrit au propre. Qui plus est, le traitement de texte « facilite l’organisation et la modification des idées puisqu’il rend possibles le déplacement, l’ajout et le retrait de mots, de phrases ou de paragraphes dans le texte » (Bédard et Bélisle, 2005). Mais l’écriture numérique est-elle aussi pertinente en contexte scolaire? Il semblerait que oui, bien qu’elle présente des limites.
D’abord, l’utilisation de l’ordinateur lors d’exercices d’écriture motiverait les étudiants. Ils seraient d’emblée plus enclins à utiliser le clavier que le crayon et plus fiers de l’aspect matériel du produit final (Grégoire, 2008). D’ailleurs, l’absence de ratures et de notes de révision permettrait une meilleure centration sur la tâche (Bédard et Bélisle, 2005). L’écriture numérique permet en outre au scripteur novice de partager ses productions en ligne, ce qui peut le motiver à s’investir davantage dans ses projets : « […] La présence d’outils […] de publication […] dans les classes a le potentiel de conférer aux situations d’écriture un contexte authentique de communication qui permet à l’élève de développer sa compréhension des buts et de l’intention d’écriture ainsi que de favoriser une prise de conscience du destinataire » (Bédard et Bélisle, 2005). Les sites de fanfictions, par exemple, permettent l’écriture du pastiche, un exercice très formateur d’un point de vue didactique : « L’activité recréatrice constitue une nouvelle manière d’apprécier une œuvre d’art » (Cristofari, 2010) .
Le traitement de texte représente un grand avantage pour qui sait en faire usage, ce qui est rarement le cas chez les scripteurs novices. Il revient à l’enseignant d’outiller ses étudiants des stratégies efficaces de rédaction et de révision à l’ordinateur, sans quoi la qualité des textes produits reste la même que sur papier (Bédard et Bélisle, 2005).
Conclusion
Il ne fait nul doute que la littérature numérique et hypertextuelle est un outil intéressant à exploiter pour l'enseignement du français au collégial. En lecture, la personnalisation du parcours qu'elle propose, son interactivité, de même que l'implication dynamique qu'elle exige du lecteur permettent d'augmenter la motivation et la compréhension des étudiants. Pour ce qui est de l'écriture numérique, elle favorise aussi la motivation ainsi qu'une meilleure organisation des idées. Cependant, dans les deux cas, l'enseignant doit d'abord enseigner des stratégies efficaces à ses étudiants afin qu'ils puissent profiter de ces avantages. Il ne faut pas oublier non plus que, si l'enseignement de la littérature et l'écriture numériques permet aux étudiants « de découvrir de l'intérieur des pratiques qui obéissent à une logique nouvelle » (Grégoire, 2010), la littérature imprimée et l'écriture manuscrite ont encore beaucoup à offrir aux apprenants. Il ne faudrait donc pas les reléguer trop vite au rang d'« antiquités désuètes ».
Médiagraphie
BÉDARD, D. et BÉLISLE, M. (2005). Contribution des TIC au développement de la compétence à écrire. Québec français, (137), p. 67-69. Repéré à http://id.erudit.org/iderudit/55491ac
CLÉMENT, J. (2004). Hypertexte et fiction, une affaire de liens. Repéré à http://hypermedia.univ-paris8.fr/jean/articles/Lien.pdf
CRISTOFARI, C. (2010). Lecteur, acteur : la culture populaire revisitée par les fanfictions et les jeux de rôle. Trans―Revue de littérature générale et comparée, (9). Repéré à http://trans.univ-paris3.fr/
DUBÉ, S. (2012). Figure du livre. Repéré à http://nt2.uqam.ca/recherches/dossier/figure_du_livre
GRÉGOIRE, P. (2008). Les TIC, fidèles alliées ou fausses amies des scripteurs?. Québec français, (148), p. 111-112. Repéré à http://id.erudit.org/iderudit/1719ac
GRÉGOIRE, P. (2010). Former des élèves à la lecture numérique. Québec français, (157), p.107-108. Repéré à http://id.erudit.org/iderudit/61534ac
ROUET, J-F. (1994). Naviguer sans se perdre, lecture et acquisition de connaissances à l’aide des hypertextes. Bulletin de l’E.P.I., (73), p. 97-107. Repéré à http://www.epi.asso.fr/fic_pdf/b73p097.pdf
VANDENDORPE, C. et BACHAND D. (2002). Hypertextes : Espaces virtuels de lecture et d’écriture. Québec : Éditions Nota bene.
Sources des images
http://metabole.typepad.com/.a/6a00d8345195a769e2014e86d74204970d-popup
http://current.lambton.on.ca/Nav/index_html?RECORDID=1470&TYPE=15
http://recit.cssamares.qc.ca/tm/index.php?option=com_content&view=article&id=199&Itemid=314
Commentaires
RenaudBlais commente LazyWiki : Bonjour mesdames, vous avez choisi un sujet très intéressant! Je me permets de vous suggérer quelques pistes de réflexion supplémentaires (je n'ai toutefois pas de référence pour appuyer mes commentaires alors prenez-le pour ce que ça vaut!). D'abord, je suis tout à fait d'accord avec la première partie de votre travail, qui suggère que la lecture avec liens hypertextes peut déstabiliser et déstructurer le lecteur : combien de fois en effet nous sommes-nous "perdus" en vagabondant d'un lien à l'autre sur Wikipédia, sans même se rappeler du premier article consulté? Ces nouveaux moyens technologiques d'organisation de l'information demandent une certaine discipline (pour ne pas se laisser emporter par notre curiosité naturelle) mais aussi, comme vous l'avez mentionné, une plus grande capacité à gérer et organiser l'information. Par contre, je ne suis pas certain que "l’absence de ratures et de notes de révision" Bien que les logiciels de traitement de texte permettent effectivement de "jongler" plus facilement avec les phrases et paragraphes en construction, il me semble qu'il y a quand même une certaine perte par rapport à l'écriture lorsqu'on passe à l'écran. Je crois aussi qu'il serait pertinent de mentionner que le fait d'écrire à l'ordinateur modifie notre rapport à l'écriture et, possiblement, transforme même notre façon de nous exprimer par le texte. Je pense que le même texte serait écrit de façon différente par la même personne selon qu'elle utilise un crayon ou un clavier (et je me parle pas seulement des fautes d'orthographe, mais aussi du style et même des idées). Quel résultat sera le "meilleur"? Je vous laisse y réfléchir!