Excellent!
- Consommation mono-centrée et en usage « tapisserie ».
- regarder comment cette relation enfants, jeunes, écrans et médias fonctionne, pour bien la comprendre et donc agir, et de rappeler les fondements de toute éducation aux médias. Une vision nécessairement pluri-média (trans-écrans). Au-delà de la mobilisation d’émotions, de sentiments, l’enfant s’implique souvent également corporellement.
- De même, dans les émissions de libre antenne, au delà de la surenchère permanente et des dérapages associés, les jeunes trouvent un espace d’expression et d’écoute sur des sujets les concernant, ce qui est important. Enfin, on ne peut faire l’impasse sur les dimensions socio-économiques des médias qui plongent les jeunes, dans un bain commercial permanent, étroitement articulé à la vision d’une société libérale marchande, instrumentalisant leur parole et leur participation, et les parents dans une forte pression publicitaire où modernité technologique rimerait avec réussite.
Une politique de protection ne suffit pas
Les Ceméa sont impliqués, avec tous les autres acteurs membres du CIEM 4, pour œuvrer avec les instances de régulation (le CSA, par exemple) et les éditeurs-concepteurs de programmes, dans cette direction.
- Il s’agit bien de mettre en place une co-régulation et des co-responsabilités « familles, pouvoirs publics, éditeurs » 5, non seulement au regard de l’accessibilité de l’offre (cf. les diverses politiques « d’étiquetage »), mais aussi et surtout, dans la conception et l’élaboration de cette offre.
Des contenus et programmes de qualité pour les jeunes
L’action des Ceméa à ce premier niveau est triple:
- Elle se situe d’abord auprès des décideurs politiques qui ont la responsabilité de mettre en place des programmes s’appuyant sur des valeurs positives, échappant aux logiques commerciales. C’est un combat sur les valeurs et le sens de notre société qui est en jeu. Les Ceméa le conduisent au sein de collectifs inter-associatifs.
- Elle concerne aussi le soutien ou la promotion que nos associations et tous les espaces d’intérêt public peuvent apporter à la création, aux créateurs et auteurs eux-mêmes.
- Les Ceméa ont fait le choix de s’engager eux-mêmes, dans une politique de conception et d’édition de contenus à finalité citoyenne, culturelle et éducative, notamment dans le domaine du multimédia.
Réaffirmer l’enjeu incontournable d’une éducation aux médias
L’éducation aux médias, malgré une existence de plusieurs dizaines d’années, souvent relayée par le Conseil de l’Europe 11 et en France impulsée par le Clémi 12, est encore trop peu présente massivement dans les politiques éducatives. Pourtant l’évolution et le renforcement de l’environnement médiatique, la rendent aujourd’hui encore plus incontournable. Il est donc essentiel d’en réaffirmer les principes généraux et les objectifs. Les médias ne reflètent pas la réalité, ils la représentent. Il faut donc travailler sur ces représentations du réel pour que les enfants accèdent à une meilleure compréhension du monde dans lequel ils vivent et agissent. Les images médiatiques ne sont pas naturelles. Il faut les déconstruire et pour cela traiter les questions de production et examiner toutes les techniques qui créent l’effet de réel. Les médias jouent un rôle culturel et idéologique non négligeable. Il faut développer le sens critique, les attitudes de mise à distance permanente des jeunes sur leurs propres utilisations des médias et des écrans. L’objectif est de leur transférer une autonomie critique tout au long de leur vie en tant que citoyen consommateur d’images, de sons et d’écrits. Association d’éducation populaire, réaffirmons la primauté de la critique culturelle sur la reproduction culturelle ! Les médias agissent sur la construction de l’opinion publique. L’éducation aux médias contribue au développement d’une expression réelle de l’intérêt public. En ce sens elle pèse sur l’avenir du service public et elle participe d’une éducation à la démocratie. Les médias sont divers et de plus en plus interpénétrés. La posture de réception pose la question de la lecture des médias. Cette étude textuelle pluri-média doit être systématique dans la formation de tous les enfants et les jeunes. Ceci passe par l’approche d’un ensemble de concepts : connotation/dénotation, sélection/construction, réalité/virtualité/subjectivité, codage/encodage/décodage, médiation/représentation et la maîtrise des structures de récits et des langages médiatiques par tous.
Un travail sur la visibilité des « productions jeunes ». De nombreux projets éducatifs autour de l’image vidéo proposent aux jeunes des situations de production, leur permettant ainsi de prendre une distance critique par rapport au média télévisuel. Les Ceméa accompagnent ce type de projets et forment des animateurs pour les conduire. Nous avons mené une étude 17 sur les conditions de la visibilité de toutes ces créations de jeunes. Il apparaît que cette production se situe clairement en tant que « bien public » trouvant des points d’appui dans des logiques de service public. On observe au contact de la communication médiatisée, une certaine mimétique de cette production tant dans les exigences de format que dans son économie, susceptible de conduire à une instrumentalisation des jeunes. Cette « production-jeunes » se heurte aussi, à travers les critères de rationalité et de rigueur médiatique, aux professionnels des médias et donc à l’accès à de véritables espaces de diffusion. Il n’y a pas de reconnaissance de cette parole jeunes. Ces dispositifs de production sont fortement ancrés dans une dimension de citoyenneté, de civisme, d’éducation sociale et resituent celle-ci dans un enjeu de société très fort, de lien social et de démocratie participative. Cette dimension éducative requiert des lieux et des intervenants spécifiques. La création et l’existence de tels lieux qui pourraient associer production et diffusion de produits faits par des jeunes sont nécessaires. Ils ne sauraient être que de service public, car ces lieux comme l’école sont des « biens éducatifs » qui réclament une durée, car ils participent d’un processus de longue haleine et non d’un produit factuel lancé sur le marché. Ils demandent à bénéficier d’une institutionnalisation à l’abri des revers politiques et économiques, ils doivent être ouverts à tous sur le principe de la gratuité, de la disponibilité mais aussi de la responsabilisation de ceux-ci.
Pour aller plus loin... vers une prise de conscience à la hauteur des enjeux
L’ensemble des projets tentés, réussis ou non par les Ceméa ont également comme orientation forte d’être mener avec d’autres, en partenariats, inter associatifs, avec des établissements publics, avec les professionnels des médias, individus et entreprises, au sein de collectifs. C’est une des conditions de la réussite, tant l’enjeu est immense et les défis posés par la vague déferlante qui balaie notre environnement en matière de contenus médiatiques, est grande. C’est aussi là qu’existent de vraies difficultés. Il faut agir au niveau de la formation des acteurs pas seulement du secteur de la jeunesse mais aussi des médias... Il faut réussir des politiques d’interventions non seulement dans l’école et autour de l’école mais aussi avec les parents et l’ensemble des citoyens. Faire émerger une politique ambitieuse de soutien à la création passe par un engagement fort du secteur public qui doit être inscrit précisément dans leurs cahiers des charges ! Il faut mobiliser les décideurs ainsi que les auteurs, les concepteurs pour travailler sur des concepts d’émission innovants, donnant accès aux médias (télévisions, radios, presse) à tous les publics jeunes. L’enjeu d’éducation et de culture, nous l’impose... Soyons ambitieux pour la jeunesse !.
Équipe JoanieSimard, DavidTrepanier et CatherineJeffreyMartel