Usages des réseaux sociaux au collégial : éthique et dérapages
Un travail de Tamara Djurica, Johanne Girard et Yasmina Hadjsahraoui
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Historique
Dès son émergence dans les années 60, Internet, initialement exploité pour un usage militaire, va se répandre au domaine civil et commercial. Vu toutes les informations auxquelles les gens vont avoir accès, Internet sera très rapidement pleinement exploité. Dans les années qui vont suivre, des réseaux sociaux tels Classmates en 1995, Friendster en 2002, MySpace en 2003, Facebook en 2006, etc. vont apparaître et permettre aux gens de partager leurs opinions, leurs intérêts, des photos, des vidéos, etc. Les jeunes vont s’y intéresser et y découvrir un espace de jeux, mais c’est surtout l’aspect de la communication instantanée qui les séduira ; le web devient leur univers social dont ils ne peuvent se passer même lorsqu’ils sont à l’école. Les institutions scolaires tentent alors, tant bien que mal, de s’intéresser au phénomène et d’investir dans ces technologies de l’information et de la communication (TIC), car l’enjeu est grand. Mais, des dérapages ont lieu vu le manque de réglementations encadrant les enseignants et les étudiants utilisant les réseaux sociaux hors du contexte scolaire. Ce travail vise donc à dresser un bref portrait de la situation. |
Usage des TIC et communication enseignants-étudiants
L’idée d’utiliser les TIC dans les collèges dans un objectif purement pédagogique et pour une meilleure communication entre les enseignants et les étudiants était bien accueillie au départ. Une amélioration de la qualité des apprentissages, de la langue, mais aussi un meilleur encadrement et un meilleur suivi des étudiants étaient visés. Les étudiants allaient pouvoir poser leurs questions et bénéficier d’une rétroaction, même après les heures de classe. L’utilisation du web favoriserait des échanges d’informations au sein de la classe et entre les classes, ce qui stimulerait l’intérêt des étudiants 1. Toutefois, des précautions devaient être prises afin que tout amalgame entre la vie privée et professionelle soit évité. En effet, les étudiants commençaient à inviter leurs enseignants/professeurs à devenir «leurs amis» sur les réseaux sociaux. Mais, est-ce possible sans tomber dans les dérapages? |
(source: Entrevue de Caroline d'Atabekian; WebLettres) |
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Éthique de l’utilisation des réseaux sociaux entre enseignants et étudiants
Le rapport que doivent entretenir les enseignants avec leurs étudiants doit être strictement professionnel, et ce même hors du cadre scolaire afin que chacun puisse garder une certaine intimité et légitimité. À cet effet, des exemples de règles déontologiques sont proposés dans l’ouvrage «Pour une déontologie de l’enseignement» 2. À titre d’exemple, il est dit: «un enseignant doit faire en sorte que les relations privées qu’il entretient avec ses élèves ne l’éloignent jamais de sa déontologie. Ses objectifs doivent être précis quand il participe avec ses élèves à des activités dont la nature est étrangère aux études », «L’enseignant ne peut invoquer de motifs liés à sa fonction pour attirer des confidences». Le débat se poursuit. |
Dérapages
Ces dérapages peuvent prendre plusieurs formes: le vol d’identité, la cyberprédation, l’atteinte à la réputation, tant celle des enseignants/professeurs que celle des étudiants. Un professeur de Notre-Dame-de-Foy, à St-Augustin (Québec) raconte comment il a fait prendre conscience à ses étudiants que Facebook peut nuire à leur réputation de futurs policiers. En leur exposant en classe des photos d’eux dans un bar (qu’il avait reçues d’un messager anonyme), prenant des poses quelque peu osées, il leur a fait réaliser que l’information circule beaucoup plus facilement qu’ils ne le pensent, et qu’elle peut parfois brimer leur carrière. Le professeur a alors sensibilisé les étudiants aux risques de Facebook; ils ont réfléchi sur l’éthique de leur profession en rapport aux médias sociaux 3. La situation inverse peut tout autant se produire: un professeur qui met en jeu sa réputation en devenant «ami» avec ses élèves. Un tel cas s’est produit au Méxique: la direction et l’administration de l’école, où la professeure en question travaillait, ont vu sur Facebook des photos d’elle et de ses étudiants prenant une bière ensemble; elle a évité de justesse la perte de son poste 4. Ces histoires illustrent bien les limites existantes ente le privé et le professionnel et comment les médias sociaux accentuent les risques de dérapages. Dans le même contexte, des lois sévères, comme celles du Missouri et de la Virginie, aux États-Unis, ont été imposées suite à des cas de harcèlement et de cyberpédophilie. En effet, « à compter du 28 août (2011), tout contact entre un professeur et ses élèves via un site internet ou une plate-forme communautaire quelle qu’elle soit sera interdit dans l'Etat du Missouri (USA)» 5. Ces interdictions imposées par la loi sont catégoriques, mais laissent tout de même des zones grises: « avec quel(le) étudiant(e) ne doivent-ils (les professeurs) pas être amis ? Juste ceux de leur classe actuelle ? Ou tout ceux de l'établissement ? Et après qu'ils soient diplômé(e)s ? Que se passe-t-il s'ils (elles) vont dans une nouvelle école, classe, ville ? Pour finir : comment tout ceci sera surveillé ?» . De plus, ces dérapages graves plutôt rares n’ont-ils pas créé une certaine paranoïa. Des solutions moins radicales pourraient être pensées; «les professeurs ne pourront avoir q'un site Internet «lié au travail» ou un profil public, une page «fan» sur Facebook comme celles qu'utilisent les entreprises ou les associations pour entrer en contact avec les internautes et qui ne permet pas d'envoyer des messages privés.» 6. |
Recommandations
Cet usage des réseaux sociaux étant très prisé, il serait utile de s’assurer de l’existence d’une réglementation qui définit clairement ce qui est éthique et ce qui ne l’est pas. Ces balises seraient d’autant plus importantes que certains enseignants se trouvent mal à l’aise avec ce type d’amitié et pas d’autres. Les deux partis (étudiants et enseignants) doivent être conscients que tout renseignement ou document personnel donné en vue d’élargir son réseau d’amis risque de se retrouver là où ils ne le souhaiteraient pas. Des précautions doivent être prises afin de respecter l’aspect déontologique de la profession. Les enseignants et les étudiants doivent aussi connaître les lois auxquelles ils peuvent faire face sans le savoir 7. |
Conclusion
En dépit du caractère pédagogique que les collèges veulent attribuer à l’usage des TIC, certains dérapages peuvent avoir lieu lorsque les enseignants acceptent d’être les « amis » des étudiants sur les réseaux sociaux. Ce problème se pose même lorsqu’il s’agit d’anciens étudiants ne fréquentant plus le collège où, là aussi, les enseignants sont partagés. Cette problématique n’est pas propre aux collèges; elle touche bel et bien d’autres niveaux académiques. Par conséquent, il est temps que des mesures concrètes soient prises afin de venir en aide aux enseignants et aux étudiants et faire en sorte que l’objectif pédagogique de départ puisse être respecté pour que tous tirent les bénéfices les plus louables de l’usage des TIC, incluant les réseaux sociaux. |
Médiagraphie
CANTIN, Raymond, «Conseils pratiques pour l'utilisation des médias sociaux en classe», dans "ProfWeb", 24 janvier 2011, [En ligne] http://www.profweb.qc.ca/fr/actualites/chroniques/conseils-pratiques-pour-lutilisation-des-medias-sociaux-en-classe/index.html [site consulté le 4 février 2012]. (1)
LONGHI, Gilbert, «Pour une déotonlogie de l’enseignement.», Paris, (1988), ESF Éditeur, [En ligne] http://books.google.ca/books?id=Us-wfbbn2FkC&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false [site consulté le 3 février 2012] (2)
ARSENAULT, Bernard, «L'impact de facebook dans votre vie professionnelle», dans "ProfWeb", 25 octobre 2010, [En ligne] http://www.profweb.qc.ca/fr/actualites/chroniques/conseils-pratiques-pour-lutilisation-des-medias-sociaux-en-classe/index.html [site consulté le 1 février 2012]. (3)
«Quand vous êtes professeur, les élèves cherchent vos traces sur internet», dans "Le Monde", 11 janvier 2011, [En ligne] http://www.lemonde.fr/technologies/article/2011/01/11/quand-vous-etes-professeur-les-eleves-cherchent-vos-traces-sur-internet_1463804_651865.html [site consulté le 3 février 2012]. (4)
«Un professeur jugé pour avoir fait des avances à son élève de 11 ans via Facebook», dans "Midi Libre", 3 août 2011, [En ligne] http://www.midilibre.fr/2011/08/03/un-professeur-juge-pour-avoir-fait-des-avances-a-son-eleve-de-11-ans-via-facebook,365905.php [site consulté le 1 février 2012]. (5)
LORIAUX, Aude, «USA : des profs privés de leurs élèves «amis» sur Facebook», dans "Le Figaro", 2 août 2011, [En ligne] http://www.lefigaro.fr/international/2011/08/02/01003-20110802ARTFIG00401-usa-des-profs-prives-de-leurs-eleves-amis-sur-facebook.php [site consulté le 4 février 2012] (6)
RICHARD FLEISHER, Line et VEGA, Chantal, «Quelles recommandations donner à un enseignant pour l’aider à gérer la relation avec ses élèves dans le cadre d’une utilisation privée de Facebook tout en restant en accord avec l’éthique de profession?», Mémoire professionnel, Master of Arts/of Science et Diplôme d’enseigneent pour le degré secondaire I, (2010), Haute école pédagogique, [En ligne] http://doc.rero.ch/lm.php?url=1000,41,41,20110829102355-QS/mp_ms1_p18568_p18540_2010.pdf [site consulté le 3 février 2012] (7)