La rédaction en ligne dans les cours de français au collégial

Introduction

Le développement des technologies de l'information et de la communication a créé des remous dans l'opinion publique en ce qui concerne la délicate question de la qualité de la langue française chez les jeunes au Québec. Que certains condamnent la pratique de l'écriture en ligne1 ou que d'autres en vantent les mérites2, cette nouvelle manière d'écrire influencera de toute manière l'enseignement du français à l'école. Quelles sont les possibilités et les limites de la rédaction en ligne dans les cours de français au collégial? Parce que l'univers des TIC est vaste et complexe, nous nous limiterons ici à évaluer l'apport des blogues, du e-portfolio, de Twitter et des outils de correction linguisitique à la didactique du français au collégial.

Le blogue et le e-portfolio

Qu’on y publie des impressions personnelles de lecture, des comptes-rendus, des pastiches, des articles critiques ou des textes polémiques, les blogues permettent la création d’un environnement personnalisé où les auteurs dévoilent un peu de leur personnalité aux lecteurs. À la fois « outil d’autopublication » et « outil de communication », le blogue fournit aux étudiants un contexte d’écriture authentique qui stimule leur motivation autant que leur implication3. En effet, la rédaction sur un blogue ouvre la porte au jugement des autres : l’étudiant développe un argumentaire solide non pas pour avoir une meilleure note, mais pour défendre sa crédibilité devant une communauté de lecteurs4.

Le blogue peut servir aussi de structure pour l’élaboration d’un portfolio électronique. Instrument précieux en évaluation des compétences5, le portfolio prend, en ligne, une tout autre dimension. Sa structure peut évoluer au fil des besoins, rendant possibles les ajouts ou la modification d’anciens textes. L’étudiant y reçoit rapidement les commentaires de son enseignant, de ses pairs, de parents et d’autres visiteurs, ce qui permet une rétroaction efficiente6. Le texte s’accompagne de liens vers des sites Internet, de documents audiovisuels, d’images, etc. Les étudiants se retrouvent alors plongés dans une situation d’écriture complexe, souvent hypertextuelle, qui lie cet apprentissage à d’autres champs de compétence.

Si la tenue d’un blogue ou la construction d’un e-portfolio permettent l’exploration d’un large éventail de stratégies d’apprentissage par les étudiants, et si cela favorise la différenciation pédagogique, son utilisation en classe comporte toutefois quelques limites. L’enseignant doit, en plus de s’assurer que ses étudiants maîtrisent les outils de publication, veiller à établir une « politique éditoriale »4 afin d’éviter les dérapages auxquels la personnalisation des interfaces ou les commentaires des pairs peuvent mener. Il importe d’organiser le blogue et les travaux qui y sont rattachés de façon à éviter la surcharge de travail (commenter prend du temps!)3 et à s’assurer que toute la classe participe également4.

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Composer une dissertation sur Twitter?

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Si les blogues et e-portfolios permettent aux étudiants de lier travail scolaire et technologie pratique, les réseaux sociaux tels que Twitter représentent également d’excellentes interfaces dans les cours de français. Plusieurs pourraient croire que les cours de littérature au cégep se concentrent davantage sur la dissertation et, par conséquent, que 140 caractères sont bien peu pour formuler une opinion… Pourtant, la base de la dissertation repose sur une fine compréhension d’un texte et sur une pensée concise et claire d’un problème posé par le livre. Quoi de mieux que 140 caractères pour s’exercer à bien structurer sa pensée? D’ailleurs, «[p]roposer aux élèves de rédiger un devoir de 140 caractères, c'est donc interpeller les jeunes dans leur habitude de communiquer de façon succincte à l'aide d'un média électronique7

Au secondaire, des enseignants ont déjà fait le test, et les résultats sont positifs : les élèves ont adoré le projet7. Si, pour les élèves moins doués, l’expérience s’est révélé une grande source de motivation, pour les étudiants performants, elle a été source de défi et de dépassement. Bref, recourir à un réseau social (ou même aux textos) pour faire travailler les étudiants les engage à user de créativité, mais les force également à bien réfléchir pour n’écrire que ce qui compte vraiment. Par ailleurs, l’utilisation de réseaux sociaux en classe de français permet la collaboration, comme les blogues, mais plus intimement : chaque étudiant peut contribuer à l’écriture d’un texte qui se construit avec des phrases de 140 caractères ou moins3. C’est donc toute la classe qui peut travailler ensemble dans la réalisation d’un projet d’écriture!

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Écrire en ligne, « le remède à tous vos mots »!

S’il est vrai que les enseignants de français de niveau collégial sont plutôt réticents face à la rédaction en ligne, ils sont forcés d’admettre qu’elle comporte certains avantages. Le contact à l’écriture est moins artificiel étant donné qu’il est ancré dans un contexte plus familier : celui de l’ordinateur8. Le rapport aux technologies des jeunes adultes a beaucoup changé, et il ne concorde plus nécessairement avec la méthode papier-crayon des dissertations d’autrefois. Lorsqu'ils utilisent les logiciels de traitement de texte, les jeunes adultes se sentent plus en contrôle, et ce sentiment accroît leur intérêt pour la tâche9. Le fait d’avoir une rétroaction continuelle sur leurs erreurs de langue et de pouvoir constamment remodeler le texte à leur guise incite les étudiants à mettre plus d’efforts sur des éléments négligés jusque-là tels que la syntaxe, la clarté du propos, la recherche du mot juste, etc.9 Il est indéniable que la nouvelle cohorte d’enseignants devra modifier ses exigences et ses critères de correction si elle permet aux étudiants de rédiger à l’extérieur de la classe, et ce, à l’aide de différents outils linguistiques. À titre d’exemple, le logiciel Antidote, lorsqu’il est utilisé à bon escient, peut s’avérer une « application pédagogique » très pertinente10. L’étudiant a accès non seulement à un correcteur, mais aussi à un dictionnaire, à un conjugueur, à un dictionnaire de cooccurrences, à une grammaire et bien d'autres. L’intérêt de ce logiciel réside dans le fait que les corrections ne se font pas automatiquement : l’élève doit aller consulter la suggestion qui lui est faite, l’accepter ou la refuser et, ainsi, il peut développer son esprit critique10. D’autres ressources en ligne sont également disponibles, comme la Banque de dépannage linguistique et le Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française.

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Conclusion

En se penchant sur le sujet de la rédaction en ligne, on se rend vite compte que de nombreuses expérimentations démontrent l'utilité des blogues, du e-portfolio, des réseaux sociaux comme Twitter et des outils de correction dans la classe de français au collégial. Si nous avons rassemblé ici quelques limites mentionnées dans les études consultées, nous posons tout de même le constat que ces plateformes en ligne sont de précieuses ressources pédagogiques... pourvu que l'enseignant en encadre adéquatement l'utilisation. Ainsi, la question n'est plus de savoir si l'enseignant devrait ou non profiter des avantages de la rédaction en ligne dans le cadre de ses cours, mais de fixer les modalités de l'usage de ces outils qui rendent tant de choses possibles3. Peut-être une communauté d'enseignants, tissée de blogues, de tweets et de forums, pourrait-elle soutenir l'élaboration de balises pour les exercices pédagogiques d'écriture en ligne, en même temps qu'elle pourrait permettre de multiplier les idées de projet et les interrelations entre les classes, les cégeps et les pays. Décloisonner l'écriture, la faire sortir des murs de la classe et de la structure du papier, c'est en même temps ouvrir une fenêtre virtuelle sur le monde et brancher notre classe sur un réseau au-delà de toutes frontières.

Médiagraphie

Asselin, M. (2006). Les blogues: de puissants outils pour faire apprendre. Vie pédagogique, (140), p. 19-21.

Blanc, M. (2011). Les textos, les twitts et le Web causent des problèmes d'orthographe aux jeunes, destruction de mythes tenaces. Repéré à http://www.michelleblanc.com/2011/02/18/textos-twitts-web-problemes-d-orthographes-des-jeunes-mythe/

Conseil supérieur de la langue française (2011). Twitter et l'enseignement du français au secondaire : entrevue exclusive avec Annie Côté. Actualités linguistiques. Repéré à http://www.cslf.gouv.qc.ca/actualites-linguistiques/le-francais-dans-lactualite/actualite/article/twitter-et-lenseignement-du-francais-au-secondairenbsp-une-entrevue-exclusive-avec-annie-cote-1/

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Grégoire, P. (2009). L’ordinateur : pour un nouvel enseignement… de l’écriture?. Québec français, (153), p. 102-103.

Grégoire, P. (2009). L’ordinateur, une aide à la motivation à écrire. Québec français, (152), p. 115-116.

Karsenti, T. & Collin, S. (2010). The Eportfolio: How can it be used in French as second language teaching and learning?. Revue internationale des technologies en pédagogie universitaire, 7(1), p. 68-75.

Loisy, C., Charnet, C. & Rivens Mompean, A. (2011). Pratiques d'écriture en ligne pour l'apprentissage des langues. Revue internationale des technologies en pédagogie universitaire, 8(1-2), p. 58-68.

Maga, H. (2008). Blogs: quelles applications pédagogiques?. Repéré à http://www.francparler.org/parcours/blogs_applications.htm

Maurais, J. (2003). Ciel! mon français! : analyse linguistique de 4000 courriels. Étude du Conseil supérieur de la langue française. Repéré à http://www.cslf.gouv.qc.ca/bibliotheque-virtuelle/toutes-les-publications/tri/annee-desc/statut/navigate/pageact/5/

Mostert, J-F. (1997). Antidote : un remède pour l’apprenti rédacteur. Québec français, (106), p. 46-49.

Les Peanut Better


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Nous sommes
* Fannie Buteau-Paré
* Catherine Gingras
* Marie-Claude Nadeau

Vos commentaires


MarijoelCouture commente LesPeanutBetter : Pour les gens qui ne savent pas ce qu'est vraiment un portfolio, e-version ou pas (comme moi), ce pourrait être intéressant que vous mettiez un exemple en lien. Merci! Beau visuel, en passant!

JonathanTessier commente LesPeanutBetter : Savoureux texte à étendre sur ses toasts (oups, rôties) le matin. On sent bien que vous êtes des lettrées! La seule amélioration que je vois serait de mettre les hyperliens à même le texte, mais ça peut aussi dépendre des gens: le format classique tel que proposé est aussi très bien.

BenoitBlanchet commente LesPeanutBetter : J'abonde dans le sens de Jonathan, la présence d'hyperliens menant directement à la bibliographie serait une addition intéressante. Vous pouvez simplement insérer ce code 11 là où vous voulez placer votre référence (dans le texte) et une note de bas de page vas se créer.


  1. Maurais, J. (2003). Ciel! mon français! : analyse linguistique de 4000 courriels. Étude du Conseil supérieur de la langue française. Repéré à http://www.cslf.gouv.qc.ca/bibliotheque-virtuelle/toutes-les-publications/tri/annee-desc/statut/navigate/pageact/5/ (1)

  2. Blanc, M. (2011). Les textos, les twitts et le Web causent des problèmes d'orthographe aux jeunes, destruction de mythes tenaces. Repéré à http://www.michelleblanc.com/2011/02/18/textos-twitts-web-problemes-d-orthographes-des-jeunes-mythe/ (2)

  3. Loisy, C., Charnet, C. & Rivens Mompean, A. (2011). Pratiques d'écriture en ligne pour l'apprentissage des langues. Revue internationale des technologies en pédagogie universitaire, 8(1-2), p. 58-68. (3 4 5 6)

  4. Asselin, M. (2006). Les blogues: de puissants outils pour faire apprendre. Vie pédagogique, (140), p. 19-21. (7 8 9)

  5. Daele, A. (2010). Le portfolio pour évaluer les apprentissages des étudiant-e-s. Repéré à http://pedagogieuniversitaire.wordpress.com/2010/11/03/le-portfolio-pour-evaluer-les-apprentissages-des-etudiant-e-s/ (10)

  6. Karsenti, T. & Collin, S. (2010). The Eportfolio: How can it be used in French as second language teaching and learning?. Revue internationale des technologies en pédagogie universitaire, 7(1), p. 68-75. (11)

  7. Conseil supérieur de la langue française (2011). Twitter et l'enseignement du français au secondaire : entrevue exclusive avec Annie Côté. Actualités linguistiques. Repéré à http://www.cslf.gouv.qc.ca/actualites-linguistiques/le-francais-dans-lactualite/actualite/article/twitter-et-lenseignement-du-francais-au-secondairenbsp-une-entrevue-exclusive-avec-annie-cote-1/ (12 13)

  8. Grégoire, P. (2009). L’ordinateur : pour un nouvel enseignement… de l’écriture?. Québec français, (153), p. 102-103. (14)

  9. Grégoire, P. (2009). L’ordinateur, une aide à la motivation à écrire. Québec français, (152), p. 115-116. (15 16)

  10. Mostert, J-F. (1997). Antidote : un remède pour l’apprenti rédacteur. Québec français, (106), p. 46-49. (17 18)

  11. Écrire votre note de bas de page ici! (19)