Les TIC, un monde à partager
Une expression ambiguë visant à préciser le statut de la connaissance comme bien
- Le monde des TIC est considéré comme un bien commun à préserver, à enrichir et à léguer en héritage ou en partage
- Ils constituent un marché à conquérir et des ressources à exploiter, dont l'appropriation marchande (l'enjeu du « partage ») est susceptible de générer des profits
- Les contradictions entre les camps opposés témoignent du pluralisme des valeurs dans toute société démocratique
- Internet redistribue les puissances relatives à la production, à la distribution et à la consommation de l'information et pose la question du statut de la connaissance comme bien
- On découvre que la propriété intellectuelle est lourdement hypothéquée et que le statut de la connaissance comme bien commun et universel, au même titre que l'air ou l'eau, est clairement menacé
Les puissances complexes des technologies n'évoquent aucunement la neutralité des outils
Distinction entre un outil et une technologie associée:
- Considérer la technologie comme une puissance de l'outil
- Un même outil peut être associé à plusieurs technologies
- Il aura des puissances différentes selon la technologie de référence
- Aucune technologie n'existe indépendamment de ses concurrentes
- Un même outil peut avoir des puissances différentes, voire même contradictoires, au sein d'un seul agencement technologique
- Un agencement technologique est probablement toujours à l'intersection de plusieurs objets de nature différente et de nature forcément contradictoire
- Les technologies ne sont pas réductibles à des ensembles d'outils ou de moyens neutres auxquels on impose ses fins
Cristallisation des puissances des TIC
Un ordinateur à donc plusieurs puissances possibles (négatives ou positives)
La diversité des espèces d'information :
- La communication interpersonnelle (courriel ou clavardage)
- L'expression libre à travers les pages personnelles (pages web ou blogs)
- La production coopérative entre pairs (les sites interactifs de nouvelles ou le logiciel libre)
- La banque phénoménale d'images, de vidéos et de musiques personnelles
- L'information scientifique
- L'information gouvernementale
- Les encyclopédies
- Les bibliothèques
- Les archives
- Le patrimoine numérisé
- L'information des sociétés privées
- Les bases de données professionnelles
- Les télé-diffuseurs et les grands éditeurs
La diversité des sources d'information et de l'information elle-même
Bourcier et Dulong de Rosnay : « Les débats sur le droit d'auteur et les pratiques culturelles en ligne opposent deux approches économiques : l'une est fondée sur le partage, l'autre sur l'appropriation marchande. »
Des puissances menaçant l'éducation publique
- Plusieurs pays occidentaux font remise en question de la légitimité de l'intervention de l'État
- L'administration est accusée d'être coûteuse et peu efficace
- Les récentes réformes en éducation ont été influencées par l'idéologie néolibérale et par les influences politiques, culturelles et économiques associées à la mondialisation des marchés
Des concepts liés à l'économie de marché maintenant appliqués à l'éducation :
- La performance
- L'efficacité
- L'obligation de résultats
- La gestion de la qualité
- L'excellence
- L'importance de l'éducation comme bien commun (dont il revient à l'État d'assurer la gouverne)
- La définition de l'éducation comme bien commun et public
- Il y la menace que la mondialisation ET les TIC exercent sur l'école en lui permettant d'échapper, à certaines conditions, au contrôle de l'État
- Il y a donc menace d'appropriation marchande de l'école et de l'éducation, ce qui est contraire à l'esprit de l'éducation définie comme bien commun et public
Puissances du piratage et droit d'auteur
Le phénomène nouveau c'est la puissance d'échange de fichiers en ligne (musique , logiciels, livres, films, etc.)
- L'industrie du « divertissement » fait pression sur les États pour rendre illégale même la copie privée
- Elle s'est donné des outils politiques et juridiques (la RIAA et le recours à DCMA) pour faire respecter le droit d'auteur
- Elle envisage aussi de convaincre d'autres nations que les États-Unis à instaurer des brevets logiciels (en Europe, par exemple) et cherche à faire déclarer illégales toutes stratégies de « reverse engineering» (techniques consistant à « deviner » comment est construit un dispositif logiciel ou électronique).
Les principaux arguments sont :
- La distinction entre contenu et expression est hautement problématique (protéger l'expression c'est toujours un peu protéger le contenu)
- Le contenu n'est jamais le fruit d'un seul mais résulte toujours du patrimoine commun
- Le droit d'auteur ne sert jamais qu'à défendre des monopoles sur la distribution de la culture et ce sont finalement les auteurs, au nom desquels tout cela se négocie, qui en font les frais
Autres arguments:
- La copie électronique d'une oeuvre ne touche en rien le stock matériel des exemplaires toujours à vendre
- Le stock d'exemplaires à vendre constitue toujours le même potentiel de vente
- La copie illégale stimule les ventes en donnant au produit une visibilité immense, via Internet
- Soutenir que chaque copie illégale est une vente au détail de perdue, c'est prétendre que tous ceux qui copient connaissaient et désiraient le produit avant même de le copier
- L'effet d'entraînement sur leur entourage est par contre susceptible de créer de nouveaux acheteurs
- Bon nombre de « pirates » pratiquant la copie illégale finissent par « régulariser » leur situation, quand ils aiment vraiment le produit.
Double cristallisation des puissances
- l'appropriation commerciale des biens informationnels, culturels et scientifiques définis comme marchandise
- la défense des mêmes biens à titre de biens communs et universels dont il faut assurer le partage et l'héritage
Bourcier et Dulong de Rosnay: « [...] si des droits sont réservés au nom de la propriété des biens, on peut aussi imaginer que d'autres droits puissent l'être au nom du patrimoine commun et de l'accès universel à la connaissance et à la culture. »
La puissance du logiciel libre
L'importance des logiciels libres: ils sont le seul bien commun informationnel qui ait atteint sa maturité les logiciels libres sont la base technique qui permet à tous les autres biens communs informationnels de fonctionner.
Mais qu'est-ce que le logiciel libre ?
Désigne un mouvement de contestation à l'endroit des éditeurs de logiciels dont les licences d'utilisation s'avéraient de plus en plus restrictives.
Les 4 libertés:
- La liberté d'exécuter le programme, peu importe l'usage (liberté 0)
- La liberté d'étudier le fonctionnement du programme et de l'adapter à ses besoins (liberté 1)
- La liberté de redistribuer des copies, donc d'aider son voisin, (liberté 2)
- La liberté d'améliorer le programme et d'en publier les améliorations apportées, pour en faire profiter toute la communauté (liberté 3)
Le copyleft: « On pourrait résumer le copyleft par l'idée de contamination du code propriétaire au contact d'un code libre. En d'autres termes, on ne peut pas mélanger les deux types de codes sans perdre ses prétentions à posséder le sien et à simplement jouir de l'autre. Cette stratégie a un double objectif : premièrement, obliger toute personne qui bonifie le code à en faire profiter tous les autres et donc, deuxièmement, prévenir que des éditeurs puissent « voler » le code libre afin de le revendre dans des logiciels propriétaires. »
La position du libre concernant la copie de logiciels est donc claire :
- La copie et la diffusion sont des libertés garanties par toute licence libre ou à code source ouvert
- Le mouvement du libre encourage les auteurs à publier leurs oeuvres sous des licences autorisant la copie
- Le mouvement du libre ne conteste pas la légitimité du droit d'auteur, au contraire il s'en sert pour assurer les libertés qu'il défend
Quand le libre et l'éducation composent leur puissance
La résistance des enseignants s'expliquerait par la grande compatibilité entre les valeurs inhérentes au libre et les valeurs qui ont fait le succès de la démocratisation de l'éducation.
Ces valeurs seraient au nombre de quatre : la participation, l'accessibilité, l'efficacité dans le respect de l'environnement et le partage
2 sénarios possible:
- L'incompatibilité, au plan des valeurs, entre le logiciel propriétaire et l'éducation pourrait contaminer négativement l'école et la détourner de ses finalités au profit des grands éditeurs de logiciels
- La compatibilité des valeurs éducatives et des solutions libres multiplie les puissances de l'éducation par celles du libre