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Le rôle et l'importance des médias sociaux dans le Printemps arabe: un processus révolutionnaire en cours
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Quel rôle ont joué les médias sociaux tels que Facebook et Twitter dans les mouvements de révolte arabes ayant eu lieu en Tunisie, en Égypte et en Libye en 2011? La plupart des témoignages s’accordent pour affirmer que ces médias ont surtout servi d’intermédiaires pour communiquer rapidement, se regrouper et organiser des mouvements d’ampleur. Des groupes Facebook ont été créés pour protester, pour exprimer un sentiment de ras de bol collectif. En multipliant et en accélérant les communications, ces plate-formes technologiques ont–elles joué un rôle «éducatif» auprès d’une population toujours mieux informée? Ont-elles précipité la chute du régime dictatorial de Ben Ali en Tunisie, celui d’Hosni Moubarak en Égypte et, plus récemment, de Mouamar Khadafi en Libye? |
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Le cas de la Tunisie
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17 décembre 2010 : Mohamed Bouazizi (de son vrai nom Tarek Bouazizi), un marchand ambulant de fruits et légumes, s'immole par le feu devant le siège du gouvernorat de la ville de Sidi Bouzid. L’homme de 26 ans s’est fait confisquer ses installations de vente ainsi que sa marchandise par les autorités locales, faute de permis. Humilié, battu, son suicide provoque la colère des habitants de Sidi Bouzid. Des dizaines de personnes manifestent devant le gouvernorat. Le mouvement de protestation s’étend spontanément à d’autres régions du pays. D’autres suicides suivent, les manifestations prennent de l’ampleur et sont réprimées dans le sang. Le 14 janvier 2011, la révolution mène le président Ben Ali à quitter le pays pour fuir en Arabie Saoudite. |
Depuis le début des protestations, les réseaux sociaux ont participé à la révolution tunisienne, l'ont accompagnée, même précipitée. Au moment des soulèvements, un Tunisien sur cinq est inscrit sur Facebook. Ce réseau leur permet d’échanger de l’information rapidement, notamment des vidéos. Les médias d’information traditionnels comme les journaux et la télévision sont censurés par le régime. «Comme les journalistes étaient empêchés de faire leur travail, ce sont les citoyens qui sont devenus journalistes et qui ont couvert l'événement», explique Astrubal, ancien avocat de Tunis devenu universitaire français et activiste de la toile tunisienne. La multiplication des appareils intelligents a rendu possible ce glissement du contrôle de l’information à l’avantage de l’utilisateur. «Serions-nous arrivés à ce résultat sans les réseaux? Peut-être, mais dans cinq ou dix ans. Ils ont été une pièce maîtresse de cette révolution» affirme Astrubal 1. Ici, la révolution aura duré un mois. |
Les cyberdissidents ont-ils vaincu la dictature? En janvier 2011, un blogueur suspecté d'avoir participé à l'opération de piratage menée par Anonymous, Slim Amamou, est nommé secrétaire d'État à la Jeunesse et aux Sports. Peu après sa nomination, il Tweet : «Je ne suis pas secrétaire d'État pour que vous fermiez votre gueule, je suis là pour en prendre plein la gueule avec le gouvt», et ajoute «Je vais essayer de former les autres membres du gouvernement à Twitter». |
Le cas de l'Égypte
Le régime d’Hosni Moubarak a commis « l’acte le plus liberticide du monde à l’égard de l’accès à Internet », selon le quotidien Libération du 28 janvier 2011. Pendant cinq jours, les neuf dixièmes des 23 millions d’internautes égyptiens, dont cinq millions sont inscrits sur Facebook, se voient refuser l'accès à l'Internet. C’est la première fois qu’un état va aussi loin face à la contestation sur la toile. Une lutte s’engage alors : pendant la coupure, Google lance la possibilité de Tweeter par téléphone, contournant ainsi l’interdit. Le responsable marketing de Google au Proche-Orient, Wael Ghonim, est arrêté par les autorités égyptiennes, mais cette mesure se révèle vite totalement inadaptée à la situation. Il n’est plus possible de stopper l’hémorragie numérique et d’étouffer l'Internet. Est-ce la fin? Devant l’impasse, les autorités égyptiennes développent une stratégie plus moderne : ils investissent les bureaux de téléphonie mobile affiliés à l’État (Mobinil, filiale de France Télécom et Vodafone) et les forcent à diffuser des textos appelant à la délation des contestataires ou donnant les heures et lieux de rendez-vous de manifestations de soutien au régime. Cette stratégie témoigne de l'atteinte d’une certaine sophistication dans cette dernière phase de répression. Cela n'empêche toutefois pas le régime de tomber en février. |
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Le cas de la Libye
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Comment les réseaux sociaux ont-ils contribué à mettre fin aux 40 ans de règne de Mouammar Kadhafi ? Comme dans les cas de l'Égypte et de la Tunisie, le web 2.0 a grandement facilité l'organisation et la propagation de la révolution en Libye, mais plus encore, il a permis de contourner le contrôle et la censure de l'information qui sont vitaux dans le maintient d'un régime dictatorial. Il est beaucoup plus facile pour le pouvoir en place de faire pression sur les quelques patrons de presse que sur tous les blogueurs et les internautes. Dans le cas de la Libye, Kadhafi a adopté une stratégie différente de celle de Moubarak pour tenter de stopper la rébellion alimentée par Facebook et Twitter. Plutôt que de couper l'accès à l'Internet totalement et sans discernement, la Libye a mis en place des filtres et des coupures partielles, ce qui a grandement ralenti le trafic internet. Puisque le pays n'a qu'un seul fournisseur de service (Libya Telecom and Technology) qui est dirigé par l’aîné de Kadhafi, le père a été en mesure de faire des choix plus éclairés que son homologue égyptien. Par contre, il est évident que plus le système de blocage évolue, plus l’intelligence et le savoir-faire pour le contourner se répandent... Les événements se déroulant en Libye ont ainsi pu être connus du monde entier, ouvrant la porte à l'intervention militaire occidentale. La dictature libyenne n'a donc pas échappé à la vague démocratique qui a déferlé sur le Maghreb. |
Le printemps arabe: la révolte des nouvelles générations
Comme le dit si bien Yves Gonzalez-Quijano de l'Institut français du Proche-Orient: « La jeunesse arabe est l'âme d'un printemps arabe qui n'a pas fini de s'étonner lui-même tout en étonnant le monde ». C'est dire que si les réseaux sociaux ont largement contribué à organiser et propager les révoltes, le phénomène est avant tout générationnel. En effet, ces révolutions sont la conséquence de conditions socio-économiques aggravées par l’évolution démographique en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Le chômage touche particulièrement la génération des 15-30 ans, qui est éduquée et ne trouve pourtant pas de travail intéressant. Les ingénieurs vendent des légumes, les professeurs quémandent des boulots mal payés. Par exemple, le taux de chômage chez les jeunes atteint en moyenne 24 % en Tunisie et en Égypte, contre 9,8 % dans l'ensemble de la population. Ajoutez à cela des systèmes de justice pourris ou inexistants, une pauvreté alarmante (en Égypte, 40 % de la population vit avec moins d'un dollar par jour), une répression politique continue et on obtient un cocktail explosif. Le rôle du web 2.0 a été « d'en allumer la mèche ».
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En guise de conclusion
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Peut-on réellement parler d’une « révolution 2.0 », comme l’a décrite Wael Ghonim? En offrant de nouvelles voies d’accès à l’information, l'Internet semble être en mesure d’offrir le moyen de contourner certaines formes de censure et d’empêcher la main mise des États sur le paysage médiatique. La tentative d’étouffer l'Internet orchestrée par les autorités égyptiennes quelque temps avant la chute du régime témoigne de cette prise de conscience (tardive) du pouvoir que confère l'Internet à ses utilisateurs. Bien sûr, ce ne sont pas les réseaux sociaux ni l'Internet qui font les révolutions. La contestation populaire se manifeste surtout par la mobilisation physique du public. Toutefois, on observe que ces médias permettent de nouvelles formes d’organisation. Mieux encore, ils offrent une tribune spectaculaire à l’opinion publique qui peut s’y exprimer en toute liberté. Finalement, l’Internet permet d’interconnecter des peuples de partout dans le monde avec une facilité et une rapidité (mais aussi, une complexité) jamais vues dans l’histoire de nos sociétés. N'oublions pas que d'autres mouvements contestataires continuent de faire la une de l'actualité internationale. Le Printemps arabe est un processus toujours en cours... |
Médiagraphie
Avoir 20 ans au Maghreb (partie 1). (s. d.).FRANCE 24. Consulté de http://www.france24.com/fr/20110113-tunisie-revolte-jeunes-maghreb-algerie-emeutes-repression-benali-part1
Auffray, E. (s. d.). Tunisie: «les réseaux sociaux ont été une pièce maîtresse de cette révolution». liberation.fr. Consulté de http://www.liberation.fr/monde/01012314230-tunisie-les-reseaux-sociaux-ont-ete-une-piece-maitresse-de-cette-revolution
Bénilde, M. (s. d.). La révolution arabe, fille de l’Internet ? - Les blogs du Diplo. Consulté le 8 février 2012, de http://blog.mondediplo.net/2011-02-15-La-revolution-arabe-fille-de-l-Internet
Bichard, J. P. (s. d.). Quel rôle jouent les réseaux sociaux dans le printemps arabe ? - LeMonde.fr. Consulté de http://www.lemonde.fr/idees/chronique/2011/04/20/quel-role-jouent-les-reseaux-sociaux-dans-le-printemps-arabe_1509472_3232.html
Castonguay, A. (s. d.). Le printemps arabe | Le Devoir. Consulté février le 8, 2012, de http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/315749/le-printemps-arabe
Gonzalez-Quijano, Yves. (s. d.). Les "origines culturelles numériques" des révolutions arabes | Sciences de l'Homme et de la société. Consulté le 10 février, 2012, de http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00615005
Gonzalez-Quijano, Yves. (s. d.). La jeunesse arabe et les nouveaux réseaux de la mondialisation : de la sous-culture globalisée à la contre-culture révolutionnaire ? | Institut français du Proche-Orient. Consulté le 10 février 2012, de http://halshs.archives-ouvertes.fr/IFPO/halshs-00614987/fr/
Gruda, A. (s. d.). Printemps arabe: le baromètre de la démocratie | Agnès Gruda | Crise dans le monde arabe. La Presse. Consulté de http://www.cyberpresse.ca/international/dossiers/crise-dans-le-monde-arabe/201201/14/01-4485861-printemps-arabe-le-barometre-de-la-democratie.php
Labovitz, C. (s. d.). Egypt Loses the Internet | DDoS and Security Reports | Arbor Networks Security Blog. Consulté le 8 février 2012, de http://ddos.arbornetworks.com/2011/01/egypt-loses-the-internet/
Richet, Jean-Loup. (s. d.). Internet et usages : ce que la Libye a appris de la révolution en Égypte | CERI. Consulté le 10 février 2012, de http://www.dandurand.uqam.ca/uploads/files/publications/rflexions/Chronique_OMAN/Richet_Internet_MO260411.pdf
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En ordre d'apparition
3. http://coolnewsinternet.tumblr.com/post/3663243038/internet-revoltes-egypte
7. http://elkhadra.over-blog.com/article-printemps-arabes-six-mois-de-lutte-et-d-espoir-76967939.html
8. http://lewebpedagogique.com/lapasserelle/category/dans-le-cartable%E2%80%A6/4eme/
9. http://www.franceculture.fr/2011-10-25-le-bilan-du-printemps-arabe.html
Commentaires
Merci à l'avance pour vos commentaires.
De Cheng Sy Phou: Très bon sujet. Allez-vous parler de la différence entre les média Internet et les média usuels (télévision et journaux)? (Où les journaux et la télévision ont ¨échoué¨dans leur mission de communication?)
De Samuel Venière: Oui, autant que possible, nous tenterons de démontrer en quoi la nouveauté des médias sociaux offre une liberté qui est en rupture avec ces médias plus traditionnels que le sont la Télé et les journaux et qui sont beaucoup plus vulnérables à un contrôle (censure ou propagande) de l'État car ils ont des bases d'opérations «physiques». Ce qui, évidemment, n'est pas le cas du Web, dont un contrôle à des fins partisanes semble virtuellement impossible.
Auffray, E. (s. d.). Tunisie: «les réseaux sociaux ont été une pièce maîtresse de cette révolution». liberation.fr. Consulté de http://www.liberation.fr/monde/01012314230-tunisie-les-reseaux-sociaux-ont-ete-une-piece-maitresse-de-cette-revolution (1)








