Le clavardage pédagogique
Étymologie : clavardage est composé des quatre premières lettres du mot clavier et de six dernières lettres du mot bavardage.
Définition : Le clavardage, c'est la traduction imagée du « chat ». Ce sont les Québécois qui ont inventé ce terme pour éviter d'emprunter un mot américain. Il s'agit d'utiliser des logiciels de messagerie instantanée pour communiquer en direct par claviers et écrans interposés.
Le clavardage peut être utilisé en milieu scolaire; c’est le clavardage pédagogique. Il permet de rendre beaucoup plus concrètes l’écriture, la lecture et la communication. De plus, les médias utilisés, l’ordinateur et les Tics, sont fortement connus et maîtrisés par la plupart des élèves. Malgré la très grande motivation de ceux-ci à se servir des Tics pour faire du clavardage, son utilisation dans un cadre scolaire doit être encadrée et elle doit permettre de faire progresser les capacités linguistiques des élèves. Il est donc important de trouver des façons de contrôler la qualité de leurs productions écrites à l’intérieur des séances de clavardage.
Qu’est-ce que le clavardage pédagogique ?
Le clavardage pédagogique se pratique dans les écoles québécoises depuis 1999. C’est un moyen de communication rapide, un outil extraordinaire à exploiter, autant chez les élèves que chez les enseignants. Il permet, par exemple, à des élèves de classes ou d’écoles différentes, d’échanger en temps réel sur des thèmes variés. Par contre, le clavardage doit être structuré et guidé rigoureusement par l’enseignant. Le clavardage «est un outil d'écriture moderne et motivant qui permet le développement de diverses compétences disciplinaires et transversales », comme le développement de la sociabilité chez les élèves, de la communication interpersonnelle, ainsi que le travail collaboratif, l’interaction avec les autres. « Par la production de textes informatifs, descriptifs, voire argumentatifs, ludiques et incitatifs, les élèves s'impliquent dans une démarche active, motivante et variée de l'écriture » qui s’inscrit dans un courant nouveau de l’enseignement du français. Il constitue aussi un contexte de communication varié, ce qui est un élément clé dans le Programme de formation du Ministère de l’Éducation. Il est aussi un outil très motivant pour les élèves. En effet, avec le médium qu’est l’ordinateur, la motivation des élèves lorsqu’ils travaillent en clavardant est plus grande. Dans certains cas, le clavardage pédagogique permet même de briser l’isolement.
Les limites et les possibilités
Limites
L’enseignant doit vraiment structurer le clavardage pédagogique afin de s’assurer qu’il ne devienne pas trop comme le clavardage sur MSN par exemple, où les erreurs de français fusent de part et d’autre (source : Suzanne-G. Chartrand, professeur et didacticienne de français) L’enseignant doit donc établir des règles claires, définir ses objectifs pédagogiques de manière précise pour que le clavardage pédagogique ne devienne pas un fiasco. Le clavardage pédagogique exige une préparation et une planification rigoureuse pour que le contexte de clavardage ne devienne pas trop familier. Pour que les activités de clavardage soient efficaces, l’enseignant doit constamment en encadrer le déroulement.
Possibilités
Le clavardage pédagogique permet aux élèves de débattre sur un sujet et ainsi, développer leur esprit critique. Ils ne doivent par contre pas s'installer au clavier pour discuter en totale improvisation, mais pour travailler, écrire, se rencontrer, échanger, débattre, élaborer, commenter. Voici quelques consignes qui peuvent être données pour une activité de clavardage : • On doit obliger les élèves à choisir les bons mots pour exprimer clairement ce qu'ils veulent dire;
• L’élève développe l'aspect «écriture-correction» en un temps donné (spécificité reliée au clavardage);
• Les élèves doivent traiter d'informations, échanger, débattre et confronter des arguments;
• L’importance de s'ouvrir sur le monde est capitale, elle permet de s'enrichir des autres; Le clavardage permet aussi de développer la patience;
• de pratiquer le respect;
• de travailler l'entraide;
• de développer le travail en coopération, le savoir être, de prendre conscience de la nétiquette (Le clavardage ne permet pas de voir la réaction de son interlocuteur, les enfants doivent être polis, tolérants, non susceptibles). L’activité de clavardage en est une de haut niveau : elle demande un aller-retour constant de la part des élèves entre leurs connaissances et leurs sources documentaires. Elle permet également d’anticiper et de prévoir les réactions possibles des interlocuteurs.
Les types de clavardage pédagogique
Il existe deux types de rencontres. Ces rencontres ne demandent pas la même préparation et la même implication.
1. La correspondance scolaire sur une base régulière classe à classe ; 2. Les rencontres sporadiques avec un expert dans divers domaines, comme un musicien, un journaliste, un astronome, etc.
Il peut être très intéressant d’inclure les échanges outre-mer dans la première catégorie. En effet, cela permet aux élèves de prendre conscience, entre autres, de la diversité culturelle et langagière qui existe d’un pays à l’autre. Exemple d’une situation de coopération (témoignage d’une enseignante) Lors des nombreuses séances que j'ai organisées, il est rare qu'un élève ait été inactif. Les tâches au sein du groupe sont bien définies et chacune est indispensable au bon fonctionnement de l'échange. Il s'agit de négocier l'orthographe, la syntaxe, le contenu. Qui dit négociation dit recherche d'arguments et utilisation de références communes (règles d'orthographe, dictionnaire, documents...). J'interviens peu dans les discussions et je pense que c'est important pour que les élèves gardent la responsabilité de leurs messages. Il s'agit aussi de gérer le temps; alors, la mobilisation de tous les membres du groupe permet des réponses plus rapides; ainsi, même les élèves qui ont habituellement des difficultés à s'investir dans des travaux collectifs s'impliquent et mesurent l'apport qu'ils offrent aux autres.
Pour les enseignants
• Les enseignants doivent communiquer entre eux afin de déterminer les thèmes à exploiter. Une communication régulière permet de développer une complicité entre enseignants;
• Ils expérimentent d'abord les activités qu'ils proposent à leurs élèves dans le but d'identifier les difficultés qui peuvent surgir;
• Ils enregistrent toutes les conversations afin de faire un suivi et en impriment certaines;
• Ils corrigent certaines conversations avec les élèves;
• Le clavardage pédagogique doit rester un travail d'équipe comme pour les groupes formés en classe pour étudier tel ou tel sujet, où chacun apporte sa pierre à l'édifice et enrichit le groupe.
• Les échanges se font autour de thèmes particuliers et ne doivent aucunement tourner autour de correspondances personnelles avec des questions comme «Que font tes parents dans la vie?» Les règles de fonctionnement doivent être bien définies à l’avance par les enseignants. Un code doit être établi comme l’utilisation des « … » pour signifier à l’autre que l’on lui passe la parole.
Les élèves et les enseignants doivent
• donner un compte rendu devant la classe, faire un retour/bilan (Ce qui a fonctionné et n'a pas fonctionné). Le retour sur les productions revêt un intérêt pédagogique capital : il est l'occasion de réaliser de véritables apprentissages qui peuvent se mener au sein du groupe lui-même grâce aux échanges entre élèves, mais aussi donner lieu à des séances collectives à propos de certaines notions relevées par le maître comme étant mal maîtrisées.
• corriger les séances (pas nécessairement toutes);
• mettre en ligne certaines activités;
• poursuivre ou terminer en classe l’activité commencée en clavardage.
• Les échanges se font autour de thèmes particuliers et ne doivent aucunement tourner autour de correspondances personnelles avec des questions comme «Que font tes parents dans la vie?» Les règles de fonctionnement doivent être bien définies à l’avance. Un code doit être établi comme l’utilisation des « … » pour signifier à l’autre que l’on lui passe la parole.
Attention !
L'enseignant ne doit pas corriger directement l'élève qui écrit, cela pourrait nuire au plaisir de communiquer et créer un blocage chez l'élève.
De plus, pour les élèves, la correction en temps réel est assez difficile à imposer, car elle enlève la spontanéité à l'échange. Les enseignants devraient plutôt demander aux élèves de porter une attention particulière à l'orthographe des mots, à la majuscule au début des phrases et au point à la fin, mais les enseignants ne doivent pas corriger pendant l'activité. Ils doivent laisser aller les élèves pour que ceux-ci s’habituent à porter attention sur ce qu’ils écrivent. Également, il peut être très surprenant de voir à quel point les élèves ont tendance à se corriger entre eux et à s’aider mutuellement.
La correction
La correction des séances en classe est une situation d'apprentissage très intéressante. Il est possible de demander à sa classe de corriger les fautes de l’autre classe par exemple. Il ne faut par contre pas associer la période de clavardage avec une période de correction; l'intérêt des élèves serait ainsi diminué. Il ne faut pas non plus réprimander l'élève qui fait des fautes pendant l’activité; l'important est de lui donner le goût d'écrire et de communiquer. Ce n’est seulement qu’après la séance que les erreurs doivent être détectées et travaillées par la suite. Pour inciter les élèves à être méticuleux par rapport à l’écrit pendant le clavardage, les enseignants peuvent signer un contrat avec l’élève qui assure le maintien de certaines règles ; c’est ce qu’on appelle la nétiquette.
Nethiquette
Ces règles peuvent être signées par l'élève. Elles peuvent être affichées au-dessus de l'ordinateur.
Les règles à suivre et à respecter
• je suis correct : j'utilise un vocabulaire choisi;
• je suis patient : les "écrivains" ont peut-être un problème technique ou bien se concertent-ils pour écrire une phrase qui leur soit commune;
• je suis compréhensif :
o j'essaie de comprendre les mots et expressions que les correspondants utilisent et je leur demande des explications.
o j'explique, sans me moquer, les mots ou expressions que j'ai employés et qui n'ont pas été compris par les correspondants.
• je suis précis : puisque les correspondants et moi employons des mots, des tournures différentes pour nous exprimer, j'essaie de construire des phrases qui puissent être bien comprises. Mon comportement dans le groupe:
• je remplis ma fonction le mieux possible;
• je participe activement à la rédaction en donnant mon avis sans l'imposer;
• j'aide mon camarade qui a des difficultés soit en orthographe soit pour taper le texte. Si je ne respecte pas les règles de la nétiquette, on m'avertit; si je recommence , je suis retiré de l'activité.
Les exigences en français: • je fais attention, le plus possible, à l'orthographe, à la grammaire et à la conjugaison des verbes;
• j'utilise la majuscule et le point;
• je n'utilise pas les émoticons inutilement;
• je n'utilise pas le langage raccourci , il ne peut avoir droit de cité à l'école.
Voici quelques suggestions de critères d’évaluation
• la motivation des élèves et leur implication dans le travail demandé;
• la qualité des écrits à la fin de l'année( richesse du contenu/ longueur des textes/ construction de phrases plus élaborées/ orthographe plus sûre/ présentation);
• la coopération , le travail en équipe;
• l'aisance dans l'écriture, les idées et les automatismes à écrire les mots courants.
En terminant
Il est toujours impossible dans certaines écoles, de télécharger un logiciel comme MSN. La justification la plus plausible est que ces écoles ne connaissent pas bien les enjeux du «chat» et le kaléidoscope d’activités que peut procurer le clavardage pédagogique. Le clavardage peut très bien être utilisé à l’école, mais il ne doit par contre pas l’être de la même façon qu’à la maison par les jeunes. Il nécessite beaucoup plus de règlements et d’encadrement, qui se doit d’être dirigé. Les erreurs de langue doivent être repérées, corrigées et travaillées. Par exemple, les enseignants ne doivent pas laisser passer des formulations raccourcies typiques comme pkoi (pour pourquoi), té (pour tu es), ché po (pour je ne sais pas), etc. La rapidité des échanges ne peut être niée, elle est un des atouts principaux du clavardage. Mais à l’école, il faut tout de même prendre le temps de bien écrire ce qu’on veut dire. C’est la règle d’or!
Logiciels gratuits avec lesquels on peut clavarder autant à l’école qu’à la maison :
MSN: Bonne compatibilité entre MAC et PC, le logiciel est relativement stable et on peut sauvegarder les conversations au format *.txt. On ne peut lire le message qu'une fois que l'interlocuteur l'a envoyé, par contre, un message indique: «Votre interlocuteur est en train de taper un message.»
IVISIT: permet d'aller plus loin et d'organiser des visioconférences avec des webcams.
Références
Sites web vraiment intéressants:
Clavarder sans s'égarer : http://www.csdm.qc.ca/clavardage/
Clavardage pédagogique : http://perso.orange.fr/ecole.chabure/clavardage/article_clavardage.htm