Ce que je retiens de la section I de Surveiller et punir de Michel Foucault

Le corps des condamnés et l’éclat des supplices (Section "Supplice")

Autrefois, le corps servait d’objet de répression : il était utilisé pour punir, la souffrance physique étant un élément de contrôle important. Le supplice n’était pas gratuit à l’époque, et les exécutions publiques, bien qu’étant un spectacle violent, n’était pas une simple activité de divertissement barbare. La torture était un acte codifié et organisé, et celle-ci dépendait de plusieurs facteurs, comme la nature du crime, les circonstances ou l’individu en question ( par exemple, on était plus clément avec les enfants et les vieillards). On faisait souffrir plus ou moins le condamné selon certaines variable. On pouvait aller de la terrible souffrance (en infligeant à la personne plusieurs blessures) jusqu’à la tête coupée qui fut considérée, pendant longtemps, comme une des morts les plus douces (la condamnation peut-elle vraiment être «douce »?!) . Il y avait même, dans certains cas extrêmes, des gens dont le corps « souffrait » même après la mort, dans le sens où même une fois le corps décédé, on continuait de lui infliger des supplices (en le décapitant, en le coupant ou en le brûlant). La torture avait en fait plusieurs buts. L’un de ses objectifs était de montrer le pouvoir du souverain, qui avait le droit de vie ou de mort sur tous. Il montrait alors, sur le corps des condamnés (par le marquage au fer rouge, par exemple, qui fut en France pendant longtemps la fleur de lys), le pouvoir qu’il avait sur eux et son désir de vengeance; en effet, les criminels avaient osé défier les lois du souverain, ce qui amène le souverain en question à se venger de ses ennemis. Le but des supplices était aussi de montrer l’exemple, c’est à dire de rappeler à toute personne présente de la population qu’il ou qu’elle n’est pas à l’abri de la justice du «prince » si elle ou il ne se conforme pas à ses exigences. Voilà pourquoi le peuple doit être témoin de ces exécutions qui, évidemment, n’étaient pas dirigées par le roi lui-même mais par ses représentants. Le peuple participe également aux supplices afin qu’il en garde un souvenir impérissable, mais ceci peut se retourner contre le souverain lui-même, qui peut perdre le contrôle de la situation et voir le peuple s’emparer du condamné pour le libérer ou encore pour le punir encore plus qu’il ne l’avait prévu lui-même! Celui-ci perd alors momentanément son pouvoir de punition, une situation qui ne doit pas durer pour éviter l’anarchie!

Outre le but de montrer le pouvoir du prince, les supplices ont également comme objectif de permettre la découverte la vérité. En fait, le but de la torture était aussi de faire en sorte que la personne déclare au grand jour sa culpabilité à travers les supplices infligés, d’où l’importance de faire durer le plus longtemps possible l’exécution, quitte même à faire croire à l’accusé qu’il pourrait être gracié dans les prochaines heures et de demeurer en vie jusque-là!

En sommes, le supplice se résume à deux objectifs importants : la vérité et le pouvoir politique

Or, il est intéressant de voir à quel point on en est venu à une manière plus subtile, mais pas moins facile, de punir dans notre monde occidental. Comme il est laid de punir (on commença même à parler de la beauté du crime dans les romans policiers, qui montre toute la finesse que peut avoir les criminels, contrairement à l’acte de punir, qui est une barbarie en soi), nous procédons de manière plus bureaucratique (où beaucoup de personnes sont impliquées dans les décisions : médecins, fonctionnaires, psychologues, juge, jury) en touchant davantage aux droits de l’individu qu’à son corps. Cependant, je constate que même aujourd’hui, le but pour le souverain (qui n’est plus un «prince » mais davantage le gouvernement) est encore d’exercer un contrôle sur l’accusé, un contrôle qui peut également être lié à son corps (on l’enferme « physiquement » dans une cellule, on contrôle ses sorties, et on peut même, comme dans le cas du chef des motards Hell’s Angels, l’empêcher d’assister aux funérailles de quelqu’un de sa famille qui est décédé pour montrer qu’un pouvoir judiciaire est effectivement exercé sur lui).

Ce contrôle a souvent pour but de guérir l’individu en question plutôt que de le faire souffrir. On croit qu’en l’isolant pendant quelque temps de la société et en le traitant de diverses façons (thérapies, médicaments, opérations) qu’on pourra en venir à le transformer en un être qui se comporte de façon «socialement » acceptable et qui respecte les lois du gouvernement «souverain . Par exemple, lorsque nous avons l’ordre de castrer un criminel sexuel, ceci a comme objectif que la personne ne soit plus dangereuse pour la société, donc, de la transformer en un individu socialement acceptable. Une telle décision, qui implique un pouvoir important sur le corps de l’individu, n’est pas prise par une seule personne, mais bien par un ensemble de personnages.

Dans le chapitre premier, Foucault traite brièvement du fait que le savoir et le pouvoir vont ensemble. Le savoir renforce le pouvoir, et le pouvoir donne lieu à un savoir. Les gens qui ont le savoir peuvent exercer un pouvoir. Par exemple, une épidémie de grippe mortelle pourrait faire rage sur la Terre, et je suis la seule qui détient la recette de l’antibiotique spécial qui permet d’en guérir. Je peux exercer mon pouvoir en disant que je refuse de transmettre ma recette à tel gouvernement, ou encore exiger une somme faramineuse pour avoir le droit de l’utiliser. Je peux également, avec mon pouvoir, jouer sur le savoir. Par exemple, je peux être la présidente d’un pays important et interdire, sous peine d’emprisonnement ou de tortures terribles, les études sur le clonage, mais favoriser hautement, avec de généreuses subventions, les recherches qui nous permettent d’en savoir plus sur la texture des œufs d’autruches. Je contrôle alors le savoir à l’intérieur des frontières de mon pays.