Résumé de notre carte conceptuelle sur les risques et les mythes liés au Web 2.0 et à nos institutions d'enseignement
Risques et les mythes liés au Web 2.0 et à nos institutions d'enseignement, l'éducation aux médias et les enjeux sous-jacents
Par: LoriBrabant EdithBujold GenevièvePayeur NoémieTrépanier
Tous les nouveaux concepts de Web2.0 et de réseautage social sont souvent incompris ou mal compris par les gens en général, et c'est également le cas en éducation. Souvent, les jeunes savent de quoi il est question et peuvent utiliser ces outils assez facilement, sans pour autant adopter un jugement critique à leur égard, alors que les parents sont réticents et entretiennent certaines craintes quant à leur utilisation. De ces confrontations presque générationnelles naissent des mythes et des préjugés face au Web2.0. Bien sûr, certains "risques" réels peuvent être énumérés pour quiconque n'a pas eu la chance d'être éduqué face à l'utilisation des nouveaux médias, comme le Web2.0. Dans ce document, nous mettrons tout d'abord en évidence des mythes populaires entretenus face au Web2.0, principalement ceux entretenus dans les milieux scolaires. Nous oeuvrerons à déconstruire ces mythes pour ensuite présenter certains risques qui peuvent être mis en lumière. Nous verrons par la suite ce que l'éducation aux médias a à offrir pour améliorer la relation entre ces outils et les utilisateurs de tous âges, et nous terminerons notre réflexion en nous penchant sur des enjeux que nous croyons profonds quant à l'utilisation du Web2.0
1. Les mythes populaires concernant le Web2.0 à l'école
Comme pour divers sujets dans la société, il existe des mythes concernant l’utilisation du Web2.0, surtout à l’école. Certains sites Internet sont systématiquement bloqués dans les écoles, mais les jeunes peuvent utiliser ces sites Internet à la maison et n’ont pas nécessairement la chance d’être sensibilisés aux dangers de certains sites par leur enseignant(e). Les mythes énumérés plus bas peuvent être à l’origine de ces décisions, mais nous tenterons de jeter quelques éclairages à ce sujet.
Mythe #1: Les sites Web et l'utilisation du Web2.0 représentent de belles pertes de temps qui n’ont rien à voir avec l’apprentissage et la recherche d’informations de qualité.
Certains sites Internet, tels Twitter et Facebook, sont utilisés par des enseignants dans des écoles et cela donne d’excellents résultats. Par exemple, une enseignante au secondaire a déjà utilisé le site Twitter (Voir le blogue Ma dixième année) avec ses élèves. Ils se sont crée une communauté où tous les élèves pouvaient interagir entre eux ainsi qu’avec l’enseignante, dans le respect des autres. Chacun devait respecter certaines règles, tout comme en classe. Si cela est bien encadré, avec des règles bien établies, les résultats peuvent être positifs et cela peut donner lieu à des apprentissages de qualité. C'est d'ailleurs le cas pour les communautés de blogue mises en place à l'École des Compagnons-de-Cartier, une école secondaire de la région de Québec où tous les étudiants du programme [www.protic.net PROTIC] utilisent des blogues et les blogues de leurs enseignants pour participer à des communautés dans le cadre des apprentissages à réaliser.
Des études récentes démontrent à cet égard que l’utilisation des blogues pourrait avoir des effets positifs sur les étudiants, notamment par rapport à l’exposition de points de vue plus variés qui pourraient les pousser à exprimer davantage leur opinion (Ellison, N. & Wu, Y., 2008).
De plus, le fait de produire un contenu publiable sur le Web, pouvant être regardé, lu ou écouté par bien des gens peut être très motivant pour les jeunes, qui mettront probablement davantage d’énergie sur ce qu’ils font. C'est en effet une des idées défendues par Christian Batier lors d'une conférence du CIRTA donnée à Québec en novembre 2009. Batier propose également que les réseaux sociaux et le Web2.0 permettent également à l'utilisateur d'avoir une emprise sur son identité numérique et de laisser filtrer ce qui lui semble bon de faire. De plus, il s'agit d'un moyen facile d'accès pour créer et entretenir des liens (voir la présentation de Batier au CIRTA).
Par ailleurs, en Angleterre, on veut laisser plus de place à l’utilisation du Web dans les classes ainsi qu’à l’éducation environnementale et mettre de côté certaines notions en science, en géographie et en histoire. Un spécialiste est en train de réviser le programme et des changements seront certainement apportés dans les écoles, là-bas, dans les années à venir (voir l'article du 25 mars 2009 de Polly Curtis sur www.guardian.co.uk).
En ce moment, nul besoin d'études scientifiques pour constater que ce sont les enseignants qui perdent leur temps à remplir des formulaires et à faire des appels à la commission scolaire afin de faire débloquer certains sites qu’ils jugent importants pour faire apprendre certaines notions aux élèves. Bon nombre de données empiriques observées de visu en classe nous le prouvent assez aisément.
Mythes #2 et #3: Le contenu des sites Internet est incompatible avec les valeurs de l’école. Le contenu est dangereux et offensant.
Tout d’abord, ce ne sont pas tous les sites Internet ni tous les sites de réseautage social qui présentent un contenu incompatible avec les valeurs de l’école, offensant ou dangereux, loin de là. Certains sites Internet très intéressants pour les enseignants et leurs élèves sont parfois bloqués, et la procédure pour les débloquer n’est pas très simple. Bruno de Vauchelle écrivait dans un billet sur son blogue en octobre 2009 que face aux dangers que pourraient représenter certains sites, il serait bien plus dangereux de ne pas éduquer les enfants face à ces dangers parce qu’ils y seraient probablement confrontés seuls, à la maison ou ailleurs, sans les outils pour y faire face. Il est donc bien plus pertinent de les éduquer en les responsabilisant pour qu’ils en viennent à juger par eux-mêmes de la pertinence ou non d’une ressource Internet. Il est important que les enseignants sachent qu’ils ne sont pas seuls et qu’ils ont des ressources pour les aider à éduquer les jeunes face aux nouvelles technologies. C'est d'ailleurs ce que soutient Mario Asselin (2008) dans un billet publié dans son carnet Mario tout de Go qui s'intitule Les défis d'un parent en matière d'utilisation des nouvelles technologies. Des formation sur des façons de sensibiliser les jeunes face aux dangers des sites Internet seraient donc des plus pertinentes. Une solution à retenir serait donc de sensibiliser les jeunes face aux dangers d’Internet en général, pas seulement du Web2.0, parce qu’ils y ont accès à la maison et que personne n’est là pour les sensibiliser. Des outils interactifs pour les enfants sont disponibles sur Internet, par exemple le site Les dangers du net. C'est déjà un fort lien que nous pouvons faire avec l'éducation aux médias, mais nous y reviendrons.
Mythe #4: Les informations ne sont pas nécessairement toutes fiables.
Le rôle de l'enseignant dans sa classe à évoluer au fil des ans pour devenir, avec le nouveau paradigme d'enseignement-apprentissage, celui d'un guide, d'une personne qui encadre les élèves dans leurs apprentissage. En étant bien encadrés, et soutenus par une éducation aux médias, les élèves pourraient en venir d'eux-mêmes à faire les bons choix et à se faire une opinion des sites fiables ou non qu’ils peuvent utiliser dans leurs recherches. Cette idée est directement en lien avec la compétence que les élèves doivent arriver à développer qui est celle de se doter de méthodes de travail efficaces. Ils en viendront à dire si une page web est pertinente ou non en l'analysant et en étant guidé par l’enseignant(e). Cette idée va de pair avec un des domaines généraux de formation ciblés dans le Programme de formation de l'École québécoise: Médias. Andrée Thibault écrivait d'ailleurs en 2009 que l’enseignant(e) doit amener l’enfant à porter un jugement critique sur les médias qui l’entourent: « Soucieuse de former des citoyens libres, autonomes et responsables, l'école doit donc entraîner les élèves à prendre une distance critique à l'égard des médias, à percevoir l'influence qu'ils exercent sur eux et à faire la distinction entre les situations virtuelles et les situations réelles. » (Thibault, 2009). Nous ajouterons que comme avec toutes autres ressources papier, l'éducation à l'information doit être faite pour que l'étudiant comprenne à quelle source faire référence, selon les contextes.
En définitive, ce n’est pas parce que certains craintes sont véhiculées que l'utilisation du Web2.0 en classe est nécessairement risqué. L'école, comme doit suivre la vague en opter pour son actualisation en tant qu'institution d'enseignement si elle ne veut pas se faire dépasser en tomber dans une désuétude de ses pratiques, de ses idées et de ses moyens. À cet égard, le CEFRIO écrivant en 2009 qu'il faut stimuler les jeunes dans leurs environnements scolaires, et les outils du Web2.0 avec lesquels ils sont si familiers nous apparaîssent comme un moyen à favoriser pour y arriver (CEFRIO, 2009).
C’est pourquoi il est important d’intervenir, en tant que professionnel, si on voit que des enfants ont accès à des sites Internet non pertinents (pornographie, violence, jeu en ligne). Le fait d’interdire l’accès à des sites Internet sans intervenir auprès des élèves ne règle aucun problème, ils vont probablement continuer à utiliser ces sites à la maison s’ils ne sont pas surveillés.
Mythe #5: Certaines personnes s’en servent parce que c’est la mode.
L’accès au Web 2.0 est bien plus qu’une mode, c’est un monde en constante évolution où tout le monde peut apprendre, communiquer et s’informer. Nous devons tous apprendre à porter un jugement critique sur ce qui nous entoure. Comme pour toute nouveauté en lien avec les technologies, Rhéaume écrit:
" l'éducateur de se préoccuper désormais des technologies relatives à sa profession car ces technologies proposent, voire imposent, de nouvelles manières de faire qui affectent la plupart des fonctions éducatives. Les enseignants de jadis n'avaient pas trop à s'interroger sur l'écriture, les tableaux et la craie, les livres scolaires et les cahiers d'exercices, ils prenaient tout cela pour acquis. De nos jours, tout un ensemble technologique vient accompagner de manière bien incontournable les actions relatives à l'apprentissage et à l'enseignement. Il faut s'habituer à entendre parler des technologies intellectuelles qui affectent les moyens personnels d'apprentissage et d'information. Les maîtres sont loin d'être épargnés, ils sont les premiers visés. Une nouvelle ère caractérisée par l'information et son échange vient en effet de commencer. Une vision éducative qui passe par de nouvelles technologies est en voie de poindre pour notre société et pour tout notre système éducatif "
Dans le cas des nouvelles technologies 2.0 à l'école, il s'agit bien sûr d'une question d'innovation avant tout. Déjà Rogers a identifié il y a plusieurs années une courbe d'acceptation de l'innovation qui pourrait peut-être expliquer la position de plusieurs enseignants d'une part, mais également la position de bien des décideurs administratifs du milieu scolaire:
Cette courbe rend explicite les comportements d'adoption de la nouveauté, de l'innovation, en l'occurrence la technologie, par les gens d'un domaine donné. On peut aisément faire des liens avec le monde de l'éducation en se disant qu'il y a les innovateurs, ceux qui mettent en place l'innovation.
Au fil des ans, plusieurs technologies maintenant indispensable en société et même utilisées dans les milieux scolaire ont été perçues comme des modes, et elles sont pourtant là pour rester. Et comme le dit Rhéaume, encore une fois:
"Ce qui crée un problème rare en éducation, c'est que les enseignants de la prochaine génération ne peuvent plus ou ne devraient plus se contenter d'imiter leurs propres professeurs, du moins quant aux outils, aux médias et aux technologies intellectuelles. Entre la tradition et l'innovation, il y a donc un hiatus mais cet écart est loin d'être insurmontable car tout le reste de la vie économique, scientifique et sociale propose des innovations éprouvées. En éducation aussi des recherches démontrent l'efficacité de certains outils intellectuels. Il ne reste qu'à espérer trouver des enseignants compétents et novateurs qui les exploiteraient. Les futurs enseignants feraient donc bien de s'acculturer à ces technologies, cela devient de plus en plus une question incontournable à l'engagement."
Ainsi, au-delà de la formation à donner aux enseignants, il faut que ces derniers s'investissent dans des démarches de développement professionnels pour faire en sorte que ce que certains considèrent peut-être comme une mode en vienne à être une pratique courante, et ainsi rendre l'école active, actuelle, interactive, et intéressante pour les apprenants de la Generation C, comme certains les appellent.
2. Les risques liés au Web2.0
Après avoir énuméré et déconstruits certains mythes mis en évidence par Asselin (2010) dans un article de l'Infobourg, nous pouvons mettre en lumière des risques liés à l'utilisation du Web2.0 en général.
Plusieurs risques sont identifiables quant à l’utilisation du Web 2.0. Le plus évident est bien sûr les perte de temps, ou plutôt le temps mal utilisé passé sur des outils du Web 2.0 ou sur le Web en général. Il faut bien comprendre qu'il s'agit du temps que des individus passent sur Facebook, Twitter ou autre, alors qu'ils sont en milieu de travail, en train d'étudier ou bref, en train de remettre à plus tard ce qu'ils devraient faire pour aller "wilfer". C’est ce que l’on appelle le « wilfing », venant de l’expression anglaise : What I was Looking for? Ce terme est ressorti après une étude menée par [www.yougov.com YouGov] aux Royaume-Uni avec un échantillon de 2412 adultes Ce nouveau phénomène touche 25% environ de la population. Il se traduit par la distraction causée par le Web pour d’autres usages que ceux pour lesquels on est supposé l’utiliser. Ainsi, selon les statistiques, les sites de magasinages en ligne sont les principales causes du « wilfing ». Il semble de plus qu'environ 30% du temps passé sur Internet ne serve qu'à "wilfer". En fait, près de l'équivalent de 2 jours de travail par mois pourraient être perdus dans les bureaux parce que certains employés s'égarent sur la toile. L'étude indique par contre que les utilisateurs du web se connectent la plus part du temps dans un but très précis concernant leur travail, mais qu'ils s'égarent en raison d'un courriel ou d'une quelconque manifestation qui les ramènent vers les sites sur lesquels ils s'égarent et "perdent" leur temps.
Un second risque est l’exposition à des images choquantes, en particulier pour les jeunes enfants et les adolescents. En effet, sur certains sites Internet, des publicités inappropriées pour cette clientèle sont facilement accessibles et souvent inattendues. Les sites de partages de fichiers, tel que Youtube, peuvent exposer les enfants à un contenu non approprié par certaines nominations des fichiers par des noms apparemment inoffensifs. La censure est, de cette façon, très difficile pour les administrateurs de ces sites. Souvent, la solution envisagée est la fermeture des ports, et les utilisateurs perdent la ressource, malgré tout ce qu'elle a de positif à offrir. Une personne qui prend la peine de se pencher sur la question pourra trouver des ressources qui empêche l'affichage d'image choquantes pour les enfants. Et de plus, en fermant définitivement Youtube ou Facebook dans les écoles, en quelques temps seulement les élèves ont trouvé une solution de rechange pour avoir accès à leurs sites favoris. La sensibilisation des enfants et des parents est donc essentielle pour parer ce risque. C'est un autre pas vers l'éducation aux médias.
Ensuite, la cyberintimidation est une réalité bien présente dont il faut se méfier. Effectivement, 27% des jeunes du secondaire qui sont intimidés le sont via Internet. C'est ce que nous apprenant Martine Rioux dans son article paru dans l'Infobourg en 2008. Cette forme d’intimidation peut revêtir différentes formes. Elle peut se traduire par des insultes, des menaces, des commentaires haineux ou encore par de fausses rumeurs circulant par le biais de blogues, courriels et sites Internet. La cyberintimidation se continue même au-delà de ces moyens par la messagerie instantanée des cellulaires. La divulgation de photos personnelles et/ou embarrassantes par l’un ou l’autre de ces moyens fait également partie de la cyberintimidation (Rioux, 2008). Toutefois, ce risque est tout autant présent dans la vie de tous les jours, Internet ou non. Il en va de l'éducation à la citoyenneté et au vivre-ensemble, au-delà de l'utilisation des outils.
Un autre risque est celui de la divulgation de données personnelles. L’accès à ces informations peuvent entraîner le vol d’identité, mais peuvent aussi donner lieu à du chantage, du harcèlement, etc. Il faut donc démontrer beaucoup de prudence dans le choix des informations que l’on veut rendre disponibles sur Internet.
Des pressions psychologiques peuvent aussi être occasionnées par un mauvais usage du Web 2.0. Ces pressions psychologiques sont, en fait, l’influence que certaines personnes mal intentionnées peuvent avoir sur d’autres personnes « plus faibles », tels les enfants ou encore les personnes aux prises avec des problèmes d’estime de soi. Ces pressions psychologiques peuvent inciter au suicide à l’anorexie, à accepter des rendez-vous qui peuvent s’avérer dangereux. On les retrouve principalement sur les sites de clavardage.
En bref, il s'agit en tout point, tant pour déconstruire les mythes que pour parer aux risques des utilisateurs moins avertis du Web et du Web2.0 de faire l'éducation aux médias, et ce dès un jeune âge. Par contre, l'éducation aux médias peut se faire à tout moment. Avant de nous concentrer plus en détail sur cette partie de notre réflexion, il convient de voir comment se transporte les idées du Web2.0 dans le monde scolaire.
3. Les réalités du monde scolaire
3.1 L'outil Web 2.0:
Contrairement à ce qui est souvent entendu, les outils liés au Web 2.0 ne se surchargent pas les réseaux techniques. Il est vrai que YouTube et Facebook prennent un peu plus de la bande passante que des sites statiques où il n'y a pas d'interactivité, mais les réseaux ne sont plus aussi engorgés qu'avant et les écoles sont pour la plupart connectées à Internet haut débit par la fibre optique. Il est vrai que plusieurs situations peuvent contrecarrer les plans lorsqu'on décide d'utiliser une application web 2.0, mais les difficultés techniques sont une excuse de moins en moins valable, et les coûts qui sont reliés à la connexion sont de plus en plus bas. (Asselin, 2010)
Dans un même ordre d'idées, l'accessibilité aux réseaux est de plus en plus facile. Comme la grande majorité des outils du Web 2.0 ne requièrent pas de téléchargement, ils ne nécessitent pas d'espace de stockage et ne sont pas coûteux. Dans la grande majorité des cas, un simple nom d'usager et mot de passe suffit pour avoir accès à une plateforme ou à un outil, et tout est gardé, sauvegardé, sur Internet.
Il est vrai cependant que tous ces comptes, tous ces noms d'utilisateurs, donnent accès à une mer d'informations, et celle ci ne cesse d'augmenter. Bien que ce sujet ait déjà fait l'objet d'un mythe, qu'il est l'un des aspects principaux de l'éducation aux médias et qu'il reste tout de même un enjeu important, il est intéressant de mentionné que certaines études montrent que la gestion des comptes et de leurs contenus fait partie des habitudes de vies des jeunes natifs du numérique (CEFRIO, 2009). Contrairement aux générations antérieures, les jeunes d'aujourd'hui ne se sentent pas éparpillés, pourtant plusieurs d'entre eux ont un compte Facebook, YouTube, Twitter, MySpace, etc. Ils sont très présents sur la toile et tiennent à jour leurs profils, en plus de faire plusieurs autres activités comme des achats ou écouter de la musique par exemple.
3.2 L'apprentissage:
Le ministère de l'Éducation avait comme mission, lors de la conception de son nouveau programme, d'aider les élèves à développer les compétences nécessaires qui leur seront utiles dans le monde de demain :
"L’école doit aider l’ensemble des jeunes à développer les habiletés qui leur permettront d’être des individus cultivés, des citoyens engagés, des travailleurs compétents, et ce, tout en continuant de leur donner accès aux savoirs des générations précédentes." (MELS, 2004)
Pour se faire, on demande aux élèves d'apprendre à exploiter judicieusement l'information, à développer des stratégies de travail efficace, à coopérer, à communiquer de façon appropriée, à mettre en oeuvre sa pensée créatrice, à exploiter les technologies de l'information et de la communication... Ces compétences transversales au programme demandent toutes d'être développées en tenant compte du cadre actuel. Comme les jeunes sont très présents sur les réseaux sociaux et que cette présence ne tend pas à diminuer (Boyle, 2009), il serait important de tenir compte de ce contexte en éducation et de mettre en place une éducation aux médias qui soutient les pratiques des utilisateurs du web et des réseaux.
4. L'éducation aux médias comme solution
La littérature explorée précédemment nous apprend donc que le meilleur moyen de se prémunir contre les risques lies à l’utilisation du Web2.0 et pour déconstruire les mythes qui y sont liés est de faire l’éducation aux médias. On peut d’ailleurs lire dans le Programme de formation de l’École québécoise qu’il s’agit d’"Amener l’élève à faire preuve de sens critique, éthique et esthétique à l’égard des médias et à produire des documents médiatiques respectant les droits individuels et collectifs" (MELS, 2006, p.31). Or, tous peuvent être concernés, pas seulement les élèves des milieux scolaires. On peut constater assez facilement que la société d’aujourd’hui est riche en informations de tout genre, et que depuis l’apparition du Web2.0, l’utilisation des réseaux liés à Internet n’est plus seulement un consommateur d’informations, mais également un producteur et un constructeur, voir un socioconstructeur d’information, ce qui tend inexorablement à faire augmenter le flot d’information disponibles. Mais qu’est-ce donc que l’éducation aux médias, et comment la mettre en place dans notre société ?
4.1 L'historique de l'éducation aux médias
L’histoire nous apprend que des efforts sont faits dès les années 70-80 ailleurs dans le monde pour voir des traces d’éducation aux médias, mais qu’il faut attendre les années 90 pour voir les premiers balbutiements d’éducation aux médias, et encore : ces premières tentatives ne concernent pas l'éducation aux médias interactifs et à Internet (Réseau Éducation-Médias). Plus tard vers la fin des années 90, le Québec voit naître le CREM, un centre de ressources en éducation aux médias. Or, déjà en 1984, l'UNESCO identifie l'éducation aux médias comme prenant une place importante dans la société. On pouvait lire:
"[par éducation aux médias, il convient d'entendre] toutes les manières d'étudier, d'apprendre et d'enseigner à tous les niveaux […] et en toutes circonstances l'histoire, la création, l'utilisation et l'évaluation des médias en tant qu'arts plastiques et techniques, ainsi que la place qu'occupent les médias dans la société, leur impact social, les implications de la communauté médiatisée, la participation, la modification du mode de perception qu'ils engendrent, le rôle du travail créateur et l'accès aux médias."
4.2 La position du Québec
Au Québec, nous l'avons vu, une part de l'éducation aux médias est présente dans les domaines généraux de formation du PFEQ du MELS (2006). Par contre, aucune compétence n'est évaluée en lien avec cette forme d'éducation aux médias, et il revient aux enseignants d'intégrer des capsules d'éducation aux médias dans son enseignement. Toutefois, il s'avère que plusieurs enseignants sont eux-mêmes dépassés par les nouvelles TIC et le Web2.0 à l'école, ce qui rend bien difficile la mise en place de ces capsules.
Le MELS énonce clairement sa position quant à l'éducation aux médias dans la citation "Amener l’élève à faire preuve de sens critique, éthique et esthétique à l’égard des médias et à produire des documents médiatiques respectant les droits individuels et collectifs. (p.31)" (MELS, 2006). Ainsi, il s'agit d'amener l'apprenant à apprendre à mieux connaître les médias, pour être en mesure de s'en servir adéquatement en tant que récepteur d'information, mais également en tant que producteur d'information, et c'est une nuance importante à mettre en évidence puisqu'il ne s'agit pas pour l'élève d'évaluer le médias auquel il est confronté. On peut d'ailleurs noter plusieurs initiatives déjà présentes dans les classes québécoises pour favoriser l'éducation aux médias, et le nouveau PFEQ accentue sa présente en misant sur la transversalité.
Plusieurs raisons ont poussé les administrateurs et les penseurs de l'éducation à vouloir intégrer ce DGF dans le PFEQ. On peut penser à la formation de consommateurs avertis ou de citoyens éclairés, à la lutte au décrochage scolaire ou contre l'analphabétisme, recherche du progrès social, formation des futurs travailleurs, etc. Le texte présent tend à déconstruire une attitude défensive face aux médias et au Web2.0 en général, mais à la base, il s'agit pour plusieurs d'aller au-delà de cette attitude et de voir une autre motivation émerger pour supporter l'utilisation de ces médias en classe. Pour ces derniers, il s'agit tout simplement d'intégrer le Web2.0 et les médias en général au monde scolaire parce que ces ressources et ces outils font maintenant parti de la vie quotidienne des jeunes et des moins jeunes, et ce dans toutes les sphères de la société (L'éducation aux médias, 2009). Et l'éducation aux médias peut couvrir large: il est à la fois question de l'apprentissage technique des outils, l'apprentissage du vocabulaire lié à l'utilisation de ces outils, qu'on pourrait résumer comme suit:
réception des médias (usages, habitudes de fréquentation, influence des médias, public cible…) ; langages et technologies des médias (genres journalistiques, grammaire visuelle, écriture hypertextuelle, sémiologie de l'image…) ; réglementation et propriété des médias (institutions médiatiques, financement, publicité…) ; contenus diffusés par les médias (représentation, objectivité, pluralisme, valeurs…). la capacité de production médiatique des jeunes eux-mêmes, c'est-à-dire l'utilisation des différents langages comme une technologie de l'intelligence (L'éducation aux médias, 2009).
Mais d'une manière encore plus profonde, l'éducation aux médias repose sur des enjeux importantes qui détermineront la forme que pourra prendre l'éducation aux médias en général, et peut-être en arriver à contrecarrer les mythes en place. De plus, une éducation aux médias qui répondre à ces profonds enjeux fera diminuer les risques liés à leur utilisation. Quels sont ces enjeux en place?
5. Les enjeux
Comme vous avez pu le constater jusqu'à maintenant, les avis sont mitigés quant à l'utilisation des outils Web2.0. Pour certains ces outils représentent une véritable révolution, dans l'enseignement comme ailleurs. Toute tentative de négliger leur portée serait une grossière erreur, car ce monde est en constante évolution et offre une infinité de possibilités. Pour d'autres, le Web 2.0 n'est rien d'autre qu'une mode qui risque de disparaître aussi subitement qu'elle est apparue. (Asselin, 2010)
Une chose est pourtant sûre, le Web2.0 est encore très jeune et nous ne sommes pas en mesure de répondre à toutes les questions que son utilisation provoque. En guise de conclusion à cette section, nous avons regroupé ce qui semblait être de grands enjeux reliés au web2.0 qui demandent des réflexions.
5.1 Le pouvoir ou le contrôle de l'information
Cet enjeu politico-social est très important, car l'avènement du Web2.0 vient détruire la hiérarchie longtemps acceptée des savoirs et vient redistribuer les rôles des différents acteurs. En effet, le web 2.0 donne le droit de parole, facile et accessible, au citoyen. Puis, il laisse le soin aux participants, et non aux pairs, de valider le contenu.
Selon Jochems (2010), on retrouve au premier rang des revendicateurs, les maisons d'édition, mais aussi les membres des Académies, des Universités, des Écoles, qui ont toujours eu la main mise sur les savoirs. Cette nouvelle distribution dérange. Voici brièvement les deux principaux enjeux qu'ils soulèvent :
- Des questions juridiques quant à la propriété intellectuelle se posent. Les creative commons, qui s'opposent au copyright sont un élément de réponse, mais ne permettent pas d'expliquer qui engage réellement sa responsabilité dans une écriture collective, à qui appartiennent les films créés à partir d'un ensemble d'images gratuites, quand la possibilité de s'exprimer est-elle accordée au lecteur...? Ces questions juridiques peuvent aussi faire ressortir les droits sur la collecte d'information que se permettent des services comme Google et Facebook, lorsqu'un utilisateur divulgue de l'information. (Braender, 2000)
- La validation de l'information devient de plus en plus difficile. Les blogues permettent au commun des mortels d'exprimer son opinion, mais le contenu peut s'avérer douteux et même aller à l'encontre de la nétiquette ( le respect de l'éthique sur le net). Comme l'information se multiplie de façon exponentielle, la vérification de celle-ci devient de plus en plus ardue et les propos diffamatoires ou déplacés sont moins facilement démasqués. Wikipédia est un autre outil très contesté et peu de gens s'entendent sur la validité de cette source. Finalement, la folksonomie, ou le classement de l'information par des mots clés et par popularité sont très controversés. Selon les revendicateurs, populaire ne signifie pas meilleur et un mot clé pour une personne n'a peut être pas la même signification pour une autre. (Jochems, 2010)
5.2 Ouverture ou fermeture sur le monde
Un autre enjeu important selon Blanquet (2007) est la fermeture sociale que peuvent occasionner les réseaux sociaux. Bien que le Web2.0 mise sur le partage, la collaboration et l'ouverture, certaines personnes réussissent à contourner cet objectif pour former de petits cercles fermés peu invitants. Comme il est maintenant possible de s'associer avec des gens qui ont les mêmes intérêts et les mêmes façons de penser, le risque d'isolement causé par des groupes repliés sur eux-mêmes est possible, à l'opposé d'une ouverture d'esprit que souhaitait amenée le Web2.0.
Poussé à l'extrême, un risque de déshumanisation est aussi à considérer, lorsque le monde virtuel en vient à prendre plus de place que le monde réel et quand l'isolement est poussé à l'extrême. Boyle (2009) nous dit cependant que ce phénomène est plus rare, car les réseaux virtuels nécessitent généralement certains contacts dans le présentiel.
5.3 Manque de créativité
Le Web et particulièrement le Web2.0 introduit un nouveau monde de possibilité. Les participants peuvent publier du contenu, créer des groupes, conçoivent des cartes, des images... l'idée générale étant de partager ce qui a été créer au reste de la communauté. Malheureusement, nous remarquons un manque d'originalité qui accompagne souvent les créations. En effet, beaucoup de "redite" est présente sur le Web. Les «revendicataires» parlent souvent de Twitter et de sa fonction "retweet" qui permet à ceux qui n'ont pas nécessairement quelques choses d'intelligentes à dire, d'être actifs sur le Web. Un autre exemple est la prolifération rapide des "lip dub" ou des "freeze" sur YouTube. L'idée, intéressante au départ, s’est vite propagée pour devenir commune. La copie multiplie l'information sans rien n'apporter de nouveau.
5.4 Service gratuis coté en bourse
Les applications Web2.0 sont très souvent gratuites. Cependant, un conflit peut subvenir quand des services comme Google et Facebook entre en bourse. (Blanquet, 2007)
5.5 Éducation aux médias
Comme il en a été question plus tôt, plusieurs risques peuvent être évités grâce à de l'éducation aux médias, faite auprès des jeunes. Celle-ci pourrait probablement faire en sorte de diminuer le nombre de barrières mises dans les écoles pour soi-disant, protéger les jeunes du contenu illicite sur la toile et de la perte de temps.
Cette éducation aux médias peut cependant devenir un enjeu important, car faut-il encore qu'il y est des enseignants formés à la faire et du temps pour le faire. Le programme est très chargé et ne laisse que très peu de place pour que les jeunes réfléchissent à des questions complexes (Giroux, 2004). Pour l'instant, très peu de place est laissée au tic dans les écoles et très peu d'enseignants ont les compétences nécessaires pour supporter les jeunes dans l'exploration des outils du Web2.0 et dans l'éducation aux médias (CEFRIO, 2009).
5.6 Fracture numérique
Marc Prensky (2010) mentionnait que les apprentissages correspondaient souvent à des verbes : comprendre, communiquer, créer... et que ceux-ci étaient immuables. Pour lui, les compétences à acquérir restent les mêmes à travers le temps. Par contre, les outils utilisés pour permettre aux jeunes de comprendre, de communiquer, de créer, évoluent dans le temps. Pour écrire, on est passé de l'ardoise, au papier, à l'ordinateur. Cet exercice peut être fait pour plusieurs objectifs de l'éducation. Le problème que peu occasionné cette non-permanence des outils est un clivage entre les jeunes, à l'affut des nouvelles applications et des nouveaux outils, et les plus âgés, à qui on demande toujours de s'habituer à une nouvelle manière de faire. Ce phénomène, appelé fracture numérique, est en fait une inégalité face aux possibilités d'accéder et de contribuer à l'information, aux réseaux et à tous ce que permet les TIC de manière générale. Comme toutes les applications du Web2.0 demandent un minimum de compétences à maîtriser pour être utilisées, une disparité d'accès peut se créer entre les "natifs" du numérique, qui les utilisent couramment, et les "immigrants", moins à l'aise avec les technologies. (Braender, 2000)
5.7 Fracture identitaire
Un grand nombre d'écoles américaines imposent des restrictions pour l'accès au Web2.0. L'enjeu considérable que ces restrictions peuvent occasionner c'est un fossé inévitable qui se construira entre les écoles et les élèves. On appelle cette situation une fracture identitaire et elle est causée par le manque de concordance entre les intérêts et les réalités des jeunes et les moyens utilisés par les écoles pour atteindre leurs objectifs. (Asselin, 2010). Tout comme la fracture numérique, elle correspond à un clivage entre deux générations, mais la fracture identitaire concerne une différence de valeurs, d'intérêts et dereprésentations sociales.
Pour contrer cette différence, les valeurs des étudiants devraient nous guider pour alimenter leurs motivations à apprendre. Comme les jeunes passent beaucoup de temps sur les réseaux sociaux et aiment les outils technologiques, plusieurs adeptes du Web pensent que la culture technologique présente à l'extérieur des classes devrait aussi se retrouver à l'intérieur de celle-ci.
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