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Les causes de l'homosexualité (controverse à analyser en classe)
Je résume ici un (long) article de Michel Dorais, chercheur, formateur et consultant en sexologie et en intervention sociale, consulté sur le site web du Réseau Européen des Hommes Proféministes. L'article s'intitule "Une science fiction?": http://www.europrofem.org/02.info/22contri/2.07.fr/livr_dwl/peur/dwlpeur2.htm#_ftnref20
Il est difficile de voir exactement en quelle année ce texte a été écrit, mais il demeure intéressant puisqu'il fait une rétrospective de la façon dont on a tenté (et tente toujours) d'expliquer l'homosexualité. L'article présente les deux types de cause de l'homosexualité en expliquant deux genres de théories inhérentes aux causes biologiques et sociales, c’est à dire les théories essentialistes (liées davantage à la nature) et les théories constructivistes (en lien avec les causes sociales). Néanmoins, l’auteur prend position dans son article en concluant que ce sont les causes constructivistes qui peuvent véritablement expliquées les causes de l’homosexualité, et que les théories essentialistes sont nécessairement dépassées…
Dorais résume d’abord les théories essentialistes, qui, chronologiquement, se situeraient entre 1870 et 1970. Selon ces théories, l’origine de l’homosexualité est biologique et constitue une déviation par rapport à la norme hétérosexuelle. L’homosexualité serait alors un « défaut de la nature » et pourrait être causé par des gènes récessifs. Ce qui m’étonne, cependant, c’est que l’auteur identifie les thèses essentialistes à de « vieux » courants, mais il citera plus loin des articles et des recherches portant sur les causes biologiques de l’homosexualité qui datent des années 80 et 90. L’auteur considère-t-il alors toute théorie de causes biologiques comment étant inadéquates et dépassées, mettant nos études récentes sur le cerveau et les hormones dans le même panier que les théories des années 1870?
Dans les théories essentialistes, on retrouve le Freudisme. Les causes de l’homosexualité seraient alors associées à l’un ou l’autre de ces phénomènes :
une phase auto-érotique trop forte, fixée d'abord sur ses propres organes génitaux
un mécanisme de défense qui vise à réduire l’angoisse de la castration vécu pendant l’enfance (la peur d’être castré par le père)
une trop grande angoisse de la castration
une forte jalousie envers le père
l'enfant s'identifie à sa mère plutôt qu'à son père
L’auteur affirme qu’aucune étude ne confirme les hypothèses avancées par la psychanalyse.
On retrouve ensuite les théories de la sociobiologie. Deux hypothèses sont alors mises de l’avant : les gènes des personnes homosexuelles sont en eux-mêmes différents (Kallman, 1952), ou bien ces gènes ont des capacités adaptatives qui indiquent à certains hommes qu’il n’est pas « bon » de se reproduire (Wilson, 1979).
Dorais parle ensuite de l’obsession de certains scientifiques américains qui désiraient trouver à tout prix une explication génétique à l'homosexualité à cause du prestige qu’il y avait derrière les recherches et la volonté de vouloir trouver une cause à l’«anormalité ». L’auteur résume ensuite les théories hormonales. Pour Dorner (1976 et 1980), qui a fait des expériences sur des rats, l’homosexualité déprendrait des taux d'androgènes entre le 4e et le 5e mois de vie fœtale et du développement consécutif de l'hypothalamus. Il sous-tend même qu’il serait possible de supprimer l'homosexualité chez l'homme en administrant des hormones mâles en quantité suffisante pour «masculiniser» le foetus. Cependant, Lewontin, Rose et Kamin (en 1985) critique ce courant hormonal en disant qu'il n'y a aucune relation entre, d'une part, les taux d'hormones circulantes et, d'autre part, le désir sexuel ou les inclinaisons sexuelles.
Toujours dans les théories essentialistes, Dorais parle des thèses physiologiques. Selon cet auteur, ces thèses servent à prouver que les homosexuels ne sont pas normalement constitués physiquement. Il cite entre autres des extraits d’articles qui montrent des exemples de thèses physiologiques, comme un article de La Presse de 1992 qui avait pour titre «Anomalie structurelle découverte dans le cerveau des homosexuels». Dorais parle ensuite d’un article publié dans la revue Science et résumé dans le magazine L’Actualité en 1991 qui soutenait qu’« Un groupe de neurones dans l'hypothalamus des homosexuels serait deux fois plus gros que la normale ». Cependant, Simon Levay, le chercheur qui a présenté cette hypothèse, a affirmé plus tard que ces résultats n’étaient basés que sur une moyenne (on voit donc encore l’euphorie pour avoir un prestige scientifique qui amène par la suite des rectifications nécessaires). Face à ceci, Dorais affirme que « l'hypothèse physiologiste, loin d'être nouvelle, reprend bel et bien, raffinement technologique à l'appui, les théories des aliénistes du siècle dernier, qui affirmaient que les «marginaux» avaient des cerveaux différents des honnêtes gens ».
L’auteur aborde ensuite la catégorie des théories constructivistes. Il dit que « l’approche constructiviste perçoit le comportement sexuel comme potentiellement labile et fluide, au gré de l'histoire des cultures et des individus .» Cette approche affronterait donc les théories essentialistes qui sous-tendent que l’orientation sexuelle dépend de causes internes.
Il y a la théorie de l’interactionnisme symbolique (dont des écrits datent des années 80), qui soutient que l’orientation sexuelle dépendrait des expériences de l’individu, de la signification que cette orientation a pour lui et de la culture dans laquelle il vit. On a aussi la théorie de l’apprentissage social, qui met en évidence le fait que l’homosexualité serait inconsciemment apprise à travers l’histoire de la personne
Cependant, l’auteur parle ensuite de la théorie de l’étiquetage, qui explique comment l’homosexualité devient un comportement déviant. Dorais cite d’ailleurs des textes de Foucault qui traite des origines de la déviance, mais je ne vois pas comment cette théorie pourrait nous expliquer les causes sociales de l’homosexualité…L’auteur essaie-t-il de détourner notre attention pour nous persuader que c’est le constructivisme en général qui permet la meilleure explication?
L’auteur termine ensuite avec la perspective anthropo-sociologique, qui, selon lui, serait la théorie la plus fiable pour expliquer l’homosexualité, notamment grâce aux études de Kinsey et de son équipe dans les années 50, de Shere Hite dans les années 80 et de Janus dans les années 90 (l’auteur soutient que ces études ont été menées sans a priori ni préjugés, ce qui est, à mon avis, discutable). Selon la perspective anthropo-sociologique, « l'homosexualité n'est pas le contraire de l'hétérosexualité, mais les deux orientations constituent les pôles d'un même continuum.» Dorais présente ensuite les tableaux et les graphiques illustrant les résultats des expériences (beaucoup de tableaux mathématiques pour nous prouver la « logique » des choses!)
L’auteur de l’article termine en disant ceci, ce qui montre sa faveur envers les théories constructivistes :
« Les explications essentialistes de la sexualité ont montré leur insuffisance, sinon leur incapacité, à expliquer la diversité humaine sans la hiérarchiser d'après des critères qui n'ont pas grand-chose à voir avec la science. Malgré sa relative nouveauté, l'apport du constructiviste semble d'autant plus utile qu'il combat les lieux communs et confronte les clichés entourant l'homosexualité. »