La tricherie scolaire et les TIC : Que faire comme enseignant?
Par Philippe Couture, Audrey Duchesne et Michel Landry
Sommaire
Introduction
« Le plagiat est aussi vieux que l'enseignement lui-même » (Van Nuffel, 2009). Sans être exclusif au domaine de l'éducation, cet énoncé résume bien le rapport étroit et regrettable entre diverses formes de tricheries et le milieu scolaire. Si ce phénomène est sans doute observable dans n'importe quelle forme de système d'éducation, le réseau collégial québécois n'échappe malheureusement pas à ce problème.
Selon une enquête menée en 2005, 73% des cégépiens interrogés admettent avoir déjà plagié pendant leurs études. De même, environ 90% des enseignants au collégial affirment avoir déjà été confrontés à des cas de plagiat (Perreault, 2007). Si les enseignants sont depuis longtemps aux prises avec différentes formes de tricheries: copier sur la feuille de son voisin, entraide illicite, utilisation de supports non autorisés, etc. - (Guibert et Michaut, 2009); nombreux sont ceux qui affirment se sentir peu outillés pour réagir face à ce phénomène qui a pris une ampleur considérable avec l'apparition des TIC, c'est-à-dire des technologies d'information et de communication (Perreault, 2007).
Ici, nous verrons les différents moyens employés par les étudiants pour tricher à l'aide des TIC et, par la suite, les raisons qui les amènent à recourir à ces nombreux types de tricherie seront présentées. Finalement, nous explorerons quelques pistes d'action destinées aux enseignants afin de contrer le problème de la tricherie assistée par les technologies.
Tricherie et nouvelles technologies
Parmi les tricheries les plus courantes, le plagiat est sans doute le plus commun. Mais qu'est-ce que le plagiat exactement? Selon la CEST-Jeunesse, cela se traduit par « le fait de copier en tout ou en partie le contenu d’une autre production dans sa propre production sans en citer la source » (http://www.ethique.gouv.qc.ca/fr/ftp/avis_plagiat.pdf, dans Perreault, 2007, p. 5).
L'une des façons les plus communes de plagier à l'aide des technologies est le recours au désormais célébrissime copier-coller. On ne s'étonnera pas de sa popularité; en deux clics, un étudiant peut introduire dans son texte des passages entiers d'un ouvrage déniché en ligne. Là où le bât blesse, c'est lorsque l'étudiant omet d'utiliser les guillemets ou d'indiquer la source (Perreault, 2007); il viole la propriété intellectuelle et donc, il triche. Une simple recherche sur un moteur de recherche permet, même à un néophyte en la matière, de dénicher quelque chose qui peut lui sembler pertinent. Par exemple, il y a l'incontournable Wikipédia [http://www.wikipedia.org/] ou l'encyclopédie de l'Agora [http://agora.qc.ca/] qui offrent un contenu aisément accessible (Grégoire, 2011).
De plus, les étudiants ont maintenant facilement accès à des sites Web qui leur permettent d’acheter des travaux déjà rédigés, à prix modique ou même gratuitement. Ces sites offrent une panoplie de travaux scolaires sur à peu près n'importe quelle thématique; par exemple, School Sucks [http://www.schoolsucks.com/] rend disponible plus de 50 000 travaux allant de l'histoire à la psychologie en passant par l'économie et le droit (Perreault, 2007). D’autres sites permettent même de se procurer des travaux personnalisés et adaptés selon le thème, l'année scolaire, le niveau de langage; en fait, on peut même demander d'inclure quelques erreurs afin de les rendre plus réalistes!!! Surpris? Vous pouvez consulter le témoignage de l'un de ces individus qui gagne littéralement sa vie en produisant des travaux scolaires allant de quelques pages jusqu'à des mémoires de maîtrise! [http://chronicle.com/article/article-content/125329/] Dans la même perspective, on peut consulter un reportage de Radio-Canada qui s'intéresse précisément à ce marché de vente de travaux scolaires. http://www.radio-canada.ca/emissions/enquete/2008-2009/Reportage.asp?idDoc=64924 |
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Si la tricherie est possible à l'extérieur de la salle de cours, elle l'est tout autant à l'intérieur. Lors des examens, certains étudiants peuvent tricher en utilisant leur téléphone cellulaire afin de clavarder avec un complice ou pour naviguer sur le Web et ainsi, avoir accès à des informations auxquelles ils n’ont pas droit (Perreault, 2077; Guibert et Michaut, 2009).
Pourquoi certains étudiants trichent-ils?
Tout d'abord, il faut savoir que les étudiants qui plagient n'ont pas toujours l'impression de tricher (Grégoire, 2011). Tous n'ont pas la même définition de la tricherie, d'où l'importance d'agir en amont en conscientisant les étudiants. De même, tous ne connaissent pas bien les normes pour les citations. Il est donc important de réviser ces règles avec les étudiants.
Par ailleurs, les étudiants ne trichent pas toujours pour obtenir de meilleurs résultats, mais le plus souvent, ils le font pour gagner du temps. Certains trichent aussi à cause de l'influence des pairs et parce qu'ils considèrent peu probable de se faire prendre (Perreault, 2007; Grégoire, 2011; Guibert et Michaut, 2009). Selon une étude de Guibert et Michaut (2009), il y a une continuité dans les comportements. Ainsi, les étudiants qui ont triché dans le passé ont beaucoup plus de chances que les autres de tricher dans l'avenir. Ainsi, il faut retenir qu'un étudiant qui triche et qui s'en sort indemne est un étudiant qui va récidiver!
Quel est notre rôle en tant qu'enseignant pour contrer la tricherie?
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Pour venir à bout de la tricherie, l'enseignant se doit d'abord d'agir de façon préventive. Ignorer l'amalgame des possibilités qu'offrent les technologies dans le domaine de la tricherie scolaire n'est certainement pas l'attitude à adopter. Au contraire, il faut plutôt conscientiser les étudiants à la gravité du plagiat électronique et les encourager à développer une rigueur intellectuelle dans leur utilisation des technologies. Ces interventions préventives peuvent prendre la forme d'un contrat anti-plagiat passé avec les étudiants (Perreault, 2007). Dans son texte, Perreault donne plusieurs trucs pour prévenir le plagiat, par exemple en faisant un suivi du processus de réalisation des travaux longs. Pour dissuader les tricheurs, on peut aussi procéder à des évaluations avec interactions en temps réel (ex. table ronde), évaluer des portfolios ou encore faire rédiger une partie des travaux en classe (Grégoire, 2011). |
Au-delà de la prévention, l'enseignant peut, entre autres, tenter de détecter les cas de tricherie en visitant des sites tels que http://www.dissertationsgratuites.fr ; http://finislesdevoirs.free.fr ; http://www.tt.gratuit.com ; http://www.oboulo.com ou http://www.webtricheur.com qui sont susceptibles d’être utilisés par les étudiants plagiaires. Perreault (2007) énumère plusieurs éléments qui peuvent mettre la puce à l'oreille afin de détecter les cas de plagiat. Par exemple, il vaudrait la peine de rechercher sur Google des parties de textes qui comportent des écarts de style, une mise en page disparate, une bibliographie trop spécialisée, etc. Il existe aussi des détecteurs de plagiat, mais ces derniers sont dispendieux et controversés sur le plan éthique. Enfin, rappelons que les sanctions liées aux cas de plagiat sont spécifiées dans les Politiques institutionnelles d'évaluation des apprentissages (PIEA) des collèges.
Pour prévenir et détecter les cas de plagiat ou de tricherie, on peut consulter le site Profweb [http://www.profweb.qc.ca] pour obtenir d'autres ressources intéressantes.
Conclusion
La tricherie fait partie des problèmes auxquels pratiquement tous les enseignants vont devoir faire face un jour ou l'autre. Réfléchir à ce sujet devient donc une nécessité pour qui veut connaître les moyens disponibles pour tricher avec les TIC, les différentes raisons qui peuvent les amener à s'y adonner et les outils disponibles pour prévenir ou détecter l'éventuel plagiat. L'importance de ce phénomène nous amène à partager l'inquiétude de Pascal Grégoire (2011) lorsqu'il se demande: « Si la sanction des études est faite sur la base de résultats mensongers, quelle sera la valeur des diplômes décernés en fin d’études? » Ainsi, on peut se demander s'il ne vaudrait pas mieux privilégier l’évaluation de l’appropriation de la démarche à suivre, au lieu de simplement se fier au résultat obtenu à la fin de session, pour juger de la compétence des étudiants...
Médiagraphie
* Grégoire P. (2011). Le plagiat assisté par ordinateur. [Version électronique] Québec français, 161, p. 102-103.
* Guibert P., Michaut C. (2009). Les facteurs individuels et contextuels de la fraude aux examens universitaires. Revue française de pédagogie [Version électronique], 169, p. 43-52.
* Perreault, N. (2007, janvier) Le plagiat et autres types de triche scolaire à l’aide des technologies une réalité, des solutions. Profweb. Récupéré le 30 janvier 2012, à partir de http://site.profweb.qc.ca/dossiers/le-plagiat-et-autres-types-de-triche-scolaire-a-l-aide-des-technologies-une-realite-des-solutions/etat-de-la-question/dossier/3/index.html
* Van Nuffel, C. (2009). Le plagiat à l'ère d'internet [Version électronique] Perspectives collégiales, 4, (4), p.1-4.
| Name: | MariePierLapointe |
| Time: | 2012.01.31 14:08 |
| L'enseignant peut également détecter facilement les cas de copier-coller en copiant-collant lui-même les parties de texte suspectes dans google. Il suffi alors de lancer la recherche pour tomber sur la source... | |
| Name: | PhilippeCouture |
| Time: | 2012.01.31 14:43 |
| Merci du commentaire MariePierLapointe , mais nous n'avons pas encore terminé la rédaction de la troisième section et, évidemment, ce moyen pour repérer les sources sur google fait partie des stratégies pour détecter les plagiaires. | |
| Name: | JonathanTessier |
| Time: | 2012.02.01 10:10 |
| Vraiment intéressant! J'ai bien aimé le lien sur le ''rédacteur professionnel''. Maintenant, je sais comment tricher! Le texte est cohérent et les liens pertinents. J'ai bien peu de reproches à faire... Est-ce qu'on peut tricher aussi facilement au cégep ? (la plupart des évaluations sont supervisées, les travaux à la maison sont souvent formatifs...) | |
| Name: | KasandraLavalliere |
| Time: | 2012.02.01 11:07 |
| Très bon wiki! Il y a pleins de sources que je ne connaissais pas et qui peuvent être utiles pour un enseignant! J'aime bien les questions que vous avez mis dans votre conclusion. Vous pourriez peut-être mettre une ouverture...ex: une nouvelle façon de détecter les tricheurs...) | |
| Name: | MélanieTremblay |
| Time: | 2012.02.05 08:51 |
| Beau travail! Très interessant! J'aime beaucoup vos idée! Les sources nombreuses de votre wiki sont ajouté à mes favoris! :P En rgos beau travail! | |
| Name: | BlaisJonathan |
| Time: | 2012.02.06 13:22 |
| Bravo pour le sujet ! J'ai été surpris de voir qu'il existait autant de sites pour les étudiants désireux de plagier. Je trouve que votre conclusion est pleine de bon sens. Je suis aussi pour l'évaluation de la démarche et non seulement du résultat. Petite question cependant : le plagiat et la vérification de celui-ci ne rend-t-elle pas la correction encore plus lourde, plus ardue et, surtout, plus longue ? | |
| Name: | MarieEveTremblay |
| Time: | 2012.02.06 18:34 |
| Je tiens tout d'abord à vous féliciter pour le wiki que vous avez créé. Je crois que ce wiki m'aidera dans l'exercice de mes fonctions futures en tant qu'enseignante. Honnêtement, je suis très surprise de voir à quel point le plagiat est rendu si populaire. La structure de votre travail est bien divisée et nous permet de comprendre la problématique de la tricherie à l'aide des TICS. | |