Ce que je retiens et comprends du texte « Undelete science education : /live/work/voices » de Wolff-Michael Roth et Michelle K. McGinn
Souvent, les gens qui ont appris à ne pas aimer les sciences et/ou qui ne performent pas en sciences sont en fait «effacés » de l’histoire des sciences, tout comme leur travail, leur discours et leurs relations mêmes avec les sciences dans leur vie. Roth et Mc Ginn mettent en évidence le fait que les gens se perçoivent en fonction de leurs notes. En effet, les notes, qui constituent des inscriptions au même titre que les photographies, les dessins et les graphiques, et qui demeurent en fait des simplifications de notre «réalité », nous représentent et «parlent pour nous », si je peux dire, lorsque vient le temps de montrer notre compétence dans un domaine, à un tel point qu’on peut dire que les patrons n’engagent pas des employés, mais des notes!
Les gens bons en science réussissent à avoir avec eux plusieurs alliés efficaces; ils ont appris à les choisir et connaissent bien le système, c’est-à-dire le réseau qui entoure les sciences. Comme il est mentionné dans le texte, ceux qui performent en sciences soutiennent qu’ils travaillent très fort pour obtenir de bons résultats et croient que les étudiants médiocres ne mettent pas suffisamment d’efforts pour réussir. Pourtant, les étudiants qui ne sont pas bons mettent souvent beaucoup d’heures de travail, qui ne sont malheureusement pas représentées dans les résultats obtenus. Ceux-ci n’ont pas alors la chance de s’engager pleinement en sciences, et leurs notes font vite en sorte qu’ils sont exclus (deleted) du système. Les étudiants qui ont de bons résultats, eux, se voient réservé l’accès aux universités dans les domaines de leur choix. Ils peuvent donc demeurer dans le système. Il faut dire que les universités, au Canada du moins, sont souvent les points de passages obligatoires entre les étudiants et la carrière de leur choix. Les professeurs au collège et au secondaire, les cours et l’école sont également des points de passage obligées, «enrollés » par l’université, pour permettre aux étudiants d’atteindre leurs buts. En ce qui concerne les notes, celles-ci demeurent des «boundary objects », c’est-à-dire le lien entre l’école et le travail que les élèves veulent avoir éventuellement.
Or, il ne faut jamais perdre de vue que ces notes ne demeurent en fait que des représentations auxquelles nous, en tant qu’humains qui aiment chiffrer et classer, donnons une signification sociale importante. Le résultat en soi n’est qu’un chiffre, un simple symbole. Néanmoins, il faut demeurer conscient qu’on confère à ce chiffre une objectivité (alors que ce symbole est tout à fait arbitraire) qui est acceptée et reconnue comme telle et qui sert d’élément de comparaison entre les étudiants. Les notes maintiennent alors le fonctionnement d’un réseau dans lequel seuls ceux qui sont bons en sciences peuvent performer.
Dans notre société où les notes ont une telle importance sur l’avenir des gens, il est loin d’être facile de changer les mœurs et de faire entrer dans le système un fonctionnement qui ne tiendrait pas compte des résultats. Les auteurs du texte suggèrent une approche pour observer ces phénomènes, c’est-à-dire l’approche de l’«Actor Network ». En effet, cette théorie nous permet de prendre en considération la perspective et le discours de tous dans le monde des sciences, incluant ceux qui échouent en sciences, car ils ont eux aussi avec elles une certaine relation à prendre en considération. Cette approche est donc symétrique, car elle place tous les acteurs sur un même pied d’égalité et leur permet de présenter leur vision des choses. En tenant compte de tous les éléments humains et non-humains (même des acteurs qui semblent anodins comme une éprouvette dans une classe de biologie, par exemple), on n’efface plus les intérêts de certains acteurs. L’Actor Network permet donc à tous de ne pas être «effacés » (il sont "undeleted" ) du monde des sciences.